Le groupe Renault va-t-il décider d’entrer en négociations exclusives avec Fiat-Chrysler ? Ou au contraire, enterrer le projet de fusion ? C’est le sujet dont doivent débattre les membres du conseil d’administration du constructeur au Losange, lors d’une nouvelle réunion organisée mardi 4 juin. Depuis la proposition émise par le groupe italo-américain d’une fusion avec Renault, les échanges vont bon train entre les différentes parties prenantes.
A en croire Les Echos, le ministre de l’Economie Bruno Le Maire aurait même contacté directement le président de FCA, John Elkann, après une déclaration de l’entourage du constructeur selon laquelle la proposition financière était "à prendre ou à laisser".
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Et ce, alors que le cours de Renault en Bourse connaît un plus bas depuis plus de cinq ans. A tel point que le groupe est "valorisé moins que zéro", selon les propos tenus par un actionnaire la semaine dernière. Une situation qui profiterait donc à FCA, d’après certains observateurs. Et un premier sujet à régler.
Plusieurs autres questions restent aussi en suspens autour de ce possible rapprochement entre les deux entreprises, qui aboutirait à la naissance du troisième constructeur mondial derrière Volkswagen et Toyota en matière de volumes (8,7 millions de voitures vendues), et de loin à la première entité en intégrant les partenaires de Renault, Nissan et Mitsubishi (plus de 15 millions).
"Revoir fondamentalement" la relation Renault-Nissan
Bruno Le Maire a déclaré que le projet était une "réelle opportunité" tout en pointant plusieurs sujets d’interrogations : "le respect de l'Alliance Renault-Nissan, la préservation des emplois et des sites industriels, une gouvernance équilibrée et la participation du futur groupe au projet européen de batterie électrique". Les éléments diffusés par la presse nippone et française laissaient entendre que Nissan n’avait pas été convié à la table des discussions pour cette possible fusion entre le Français et FCA. A l’issue d’une réunion entre les dirigeants de Nissan, Renault et Mitsubishi Motors, une source a toutefois indiqué que le partenaire japonais "[n’était] pas [opposé]" à cette perspective.
Lundi 3 juin, le patron de Nissan, Hiroto Saikawa, a pourtant insisté sur le fait qu’il faudrait "revoir fondamentalement" la relation unissant Renault à Nissan, dans un contexte de relations tendues depuis l’arrestation fin 2018 de Carlos Ghosn. Un commentaire à analyser à la lumière de la participation du Japonais chez son homologue français. Nissan détient 15% de Renault, contre 43,4% pour Renault chez Nissan. En cas de fusion, cette part se verrait mécaniquement réduire à 7,5%, comme la participation de l’Etat. Le sujet reste donc à trancher, alors que la holding de la famille Agnelli détient 29% de FCA, ce qui lui permettrait de rester actionnaire principal de la nouvelle entité.
Une vraie fusion à 50-50
En matière d’emplois, les deux groupes ont indiqué veiller à maintenir leur empreinte industrielle dans la perspective de cette fusion. Les incertitudes sont fortes en Italie, où l’outil industriel de Fiat ne tourne pas à plein régime. A l’inverse, Renault dispose d’usines dont le taux d’utilisation dépasse les 70%, selon les estimations du cabinet Inovev, à l’exception notable de quelques sites comme celui de Douai (Nord), qui souffre de la popularité décroissante des modèles Scenic, Espace et Talisman.
Le montant des synergies entre Renault et FCA pourrait également être exploré. D’après le communiqué diffusé par le groupe italo-américain, celles-ci pourraient atteindre 5 milliards d’euros annuellement, un montant équivalent à celui généré à l’échelle de l’Alliance… après vingt ans de mise en commun.
In fine, l’objectif des discussions au sein du conseil d’administration, et celles en cours au niveau de l’Etat français, est de voir cet éventuel projet déboucher réellement sur une fusion à 50-50. D’après Reuters, une offre améliorée devrait être présentée, comprenant un dividende spécial chez Renault, de meilleures garanties sur l’emploi, mais également l’installation du siège social des activités opérationnelles du groupe fusionné en France, et l’octroi à l’État français d’un siège à son conseil d’administration. Des arguments visant à convaincre le gouvernement français de donner son feu vert au projet de rapprochement entre les deux entreprises automobiles européennes.





