Nucléaire : 100 000 postes à pourvoir d’ici 2035

Portée par des enjeux climatiques mais aussi de souveraineté nationale, la filière nucléaire est en pleine croissance et recrute massivement.

 

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 Nucléaire : 100 000 postes à pourvoir d’ici 2035

Portée par des enjeux climatiques mais aussi de souveraineté nationale, la filière nucléaire est en pleine croissance et recrute massivement.

2026 s’annonce comme une année cruciale pour la filière nucléaire française. En février, la troisième programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE3) a acté une relance forte de l’atome. Ce document stratégique prévoit la construction de six nouveaux réacteurs -voire de huit en option-, avec une première mise en service en 2038. La France ambitionne de porter sa production d’énergie nucléaire à 380 térawattheures, contre 320 en 2023. Autre signal fort, la France a accueilli en mars le second Sommet de l’énergie nucléaire, co-présidé par le Président de la République, Emmanuel Macron, et Rafael Grossi, directeur général de l’AIEA (Agence internationale de l'énergie atomique). La preuve, s’il en fallait, d’une reconnaissance du nucléaire comme moyen de lutte contre le dérèglement climatique mais aussi comme garant de la sécurité des approvisionnements en énergie.

L’énergie nucléaire, un moteur puissant pour l’emploi

Cette relance de l’énergie nucléaire se traduit d’ores et déjà sur la courbe de l'emploi. Alors que la filière estimait en 2023 représenter 220 000 emplois directs et indirects, elle en compte aujourd’hui "autour de 250.000", a estimé à l’automne 2025 Xavier Ursat, président du groupement des industriels français de l’énergie nucléaire (Gifen). Selon ce dernier, le nombre d’emplois a augmenté « de plus de 10 % », suite à la décision de l'exécutif de relancer le nucléaire, notamment en construisant six nouveaux réacteurs EPR2. Et ce n’est pas fini. Pas moins de "100.000 équivalents temps plein nouveaux pour l'ensemble de la filière" sont attendus dans les dix ans à venir, toujours selon le Gifen. Ces recrutements permettront pour moitié de remplacer les départs en retraite, pour moitié de répondre à la croissance de l'activité.

Très pourvoyeuse d’emplois, la filière nucléaire est à ce jour la 3e filière industrielle française après l’aéronautique et l’automobile. Elle rassemble plus de 3200 entreprises réparties sur l’ensemble du territoire -dont plus de 75 % sont des PME/ETI- et représente 6,7 % de l’emploi industriel français. L'industrie nucléaire française maîtrise tout le cycle de production de l’énergie nucléaire et couvre tous les domaines d'expertise, depuis le conseil et l'ingénierie jusqu’à la construction, la fabrication d'équipements, la maintenance et le démantèlement.

Une filière d’avenir

TPE, PME, grandes sociétés, industriels, donneurs d’ordre, tous préparent d’ores et déjà l’avenir et recrutent pour ce faire massivement. Orano, acteur phare du traitement-recyclage des combustibles du parc électronucléaire actuel et futur, a ainsi lancé le projet Aval qui vise à construire de nouvelles usines à la Hague pour 2040-2050. Le groupe, qui compte 17500 collaborateurs dans 14 pays, table déjà sur un doublement de ses effectifs ingénierie, soit plus de 4 000 collaborateurs ingénierie à l’horizon 2030. Framatome, qui intervient sur l’ensemble du cycle de vie des installations nucléaires, recherche elle aussi chaque année plusieurs milliers de nouveaux collaborateurs et collaboratrices, dans des domaines variés : ingénierie, production, gestion de projets, cybersécurité, etc. Assystem, qui accompagne notamment EDF sur le programme START 2025 conçu pour renforcer la fiabilité et maximiser la production des centrales nucléaires, est également en pleine croissance. De son côté, Tractebel participe à l’un des projets scientifiques les plus ambitieux du XXIème siècle, ITER, le Réacteur thermonucléaire expérimental international, et ne cesse lui aussi de se développer. Camfil, leader mondial de la filtration de particules nucléaires, ou Valiance – FAYAT ÉNERGIE SERVICES, partenaire de référence de la filière nucléaire, affichent également de belles perspectives. Et ce ne sont là que quelques exemples parmi d’autres.

Electricité bas-carbone et souveraineté énergétique

Pourtant, en dépit de ces perspectives de recrutement, de salaires attractifs, d’une stabilité rare sur le marché de l'emploi, le nucléaire peine à recruter. Les catastrophes nucléaires de Tchernobyl (1986) et Fukushima (2011) sont encore dans les esprits et la peur du nucléaire constitue un frein à l’emploi. A tort ou à raison ? Si le risque zéro n’existe pas, le nucléaire en France a fait de la sureté une de ses priorités et aujourd’hui, 69% des Français qui vivent près des centrales nucléaires jugent efficaces les contrôles de sûreté, selon l’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR).

Le nucléaire fait aussi encore parfois l’objet d’oppositions idéologiques ou politiques, mais le tabou s’érode et 46% des Français sont désormais favorables au développement de cette électricité bas-carbone. Par ailleurs, face à la menace russe, aux guerres en Ukraine ou au Moyen-Orient et au désengagement américain en Europe, l’atome apparaît de plus en plus comme un pilier de la souveraineté énergétique. Sébastien Lecornu ne s’en cache pas. En février, le chef du gouvernement a qualifié la 3e programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE3) de « Plan Messmer 2 ». Une référence au programme déployé par son lointain prédécesseur à Matignon en 1974, après le choc pétrolier, pour doter la France d’un grand parc nucléaire et amoindrir la dépendance à l’or noir.

Des emplois pour tous, du CAP au doctorat

Les chiffres donnent le tournis. D’ici 2035, pour poursuivre l’exploitation des centrales nucléaires existantes et faire face au programme de construction des nouveaux réacteurs EPR2, la filière nucléaire prévoit de recruter plus de 100 000 personnes. Si « les techniciens représentent les deux tiers de ces recrutements », selon le groupement des industriels français de l’énergie nucléaire (Gifin), les profils recherchés vont du CAP à l'ingénieur. La filière propose en effet pas moins de 97 métiers, du CAP au doctorat.

Vingt 20 métiers seront particulièrement recherchés dans les années à venir : chef de projet, constructeur travaux et chef de chantier, technicien maintenance, ingénieur étude conception mécanique, coffreur-bancheur, opérateur études conception et assainissement, manager de production, ferrailleur, dessinateur projeteur, mécanicien machines tournantes, ingénieur sûreté nucléaire, technicien d’exploitation, agent de protection, autres opérateurs de fabrication, soudeur, ingénieur étude génie civil, technicien essais, ingénieur contrôle-commande, ajusteur-usineur-fraiseur, contrôleur certifié END/CND.

Les opportunités sont donc nombreuses, y compris pour les non diplômés. De nombreuses formations ont en effet été créées pour leur permettre de se former, souvent en moins d’un an. Le secteur développe aussi activement la diversité et l'inclusion. Femmes, jeunes, seniors, personnes en situation de handicap, habitants des quartiers prioritaires… tous les profils sont les bienvenus.

Chiffres clés

  • 250 000 emplois
  • 100 000 recrutements d’ici 2035
  • 3 200 entreprises

(source Gifen)

En savoir plus Industrie nucléaire

100 000

recrutements d’ici 2034

+ de 3 000

entreprises de l’industrie nucléaire

53%

des entreprises ont des projets à l’international

+ de 100

métiers accessibles avec ou sans expérience

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