Après la méthode dure, la méthode soft. A Lyon le 8 octobre dernier, les chefs d’entreprises avaient sorti des cartons jaunes à l’encontre du gouvernement. A Lille, le lundi 13 janvier, à la veille de l’intervention de François Hollande qui doit clarifier son "pacte de responsabilité", les 1 500 adhérents du Medef réunis autour de Pierre Gattaz n’avaient de jaune que la couleur du pin’s arborés à leur veste.
Sur ce pin’s (jaune donc) s’inscrit en lettres noires le slogan "1 million d’emplois". Le temps fort de la soirée a consisté à brandir le faisceau de 1500 lampes frontales pour éclairer le chemin vers le million d’emplois. "Quand je nous ai vus agiter ces lampes, j’ai tout de suite pensé : maintenant dans le Nord, ce sont, nous, les chefs d’entreprises qui sommes devenus des mineurs de fond" explique avec humour Antoine Tostain, dirigeant d’une société immobilière à Villeneuve d’Ascq.
Un cap dans le brouillard
Ces lampes, les patrons en ont sans doute bien besoin pour y voir clair. En regardant du côté des intentions concrètes du gouvernement, ils sont dans le brouillard. Et eux-mêmes, comment vont-ils parvenir à fabriquer leur million d’emplois ? Leur chemin n’est pas baigné de lumière non plus. Mais pas de panique. Un président du Medef et deux vice -présidents : Geoffroy Roux de Bézieux et Jean-François Pillard sont venus leur expliquer le mode d’emploi de la nouvelle stratégie.

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D’abord saisir la main tendue de l’exécutif : "Nous avons entendu les vœux du président de la République le 31 décembre et […] nous avons marqué notre approbation", a expliqué Pierre Gattaz. Maintenant il faut pousser le gouvernement à des mesures rapides ("dès 2014") et d’envergure pour lever les obstacles à la croissance et donc à l’emploi. Pour parvenir à cet objectif il faut, selon l’organisation patronale, poursuivre une baisse du coût du travail après le premier pas du CICE (crédit impôt compétitivité emploi), une baisse des dépenses publiques, un allégement de la fiscalité des entreprises et des contraintes liées au droit du travail, une simplification de l’environnement réglementaire.
"Oui nous irons aux Assises de la fiscalité, a déclaré Geoffroy Roux de Bézieux, mais attention c’est la confiance sans la naïveté. Nous n’y allons pas pour déplacer des impôts d’un étage à l’autre du compte d’exploitation ou d’un secteur d’activité à un autre." Jean-François Pillard, vice-président en charge du social a voulu saluer le chemin parcouru en se félicitant du rôle déjà joué par le Medef dans la saisine du haut conseil à la protection sociale pour imaginer le transfert de cotisations famille payées par les entreprises sur une autre assiette. "Il ne faut pas que la main tremble sur le sujet", a exhorté Pierre Gattaz.
Faire sauter des verrous
Du côté de la création d’emploi par les entreprises, Pierre Gattaz a expliqué que le Medef travaillait sur un axe filières et un autre plus transversal pour identifier des poches de création d’emplois, les quantifier et faire sauter des verrous identifiés à chaque fois. "Dans le tourisme par exemple alors que nous sommes la première destination du monde, nous ne sommes qu’au 6ème rang pour le panier moyen de dépense de visiteurs. En ouvrant les commerces le dimanche, en améliorant nos infrastructures, par exemple, nous pouvons progresser et créer des emplois."
L’organisation patronale estime aussi que la hausse des seuils sociaux qui déclenchent des obligations peut libérer la peur d’embaucher. Les dirigeants du Medef, y compris locaux, comme le président du Nord ont incité les chefs d’entreprises à accélérer la perception de l’entreprise comme lieu d’épanouissement et de création de richesse et d’emplois. Il faut faire de la pédagogie auprès des salariés "comme auprès des élus locaux qui n’ont pas toujours la même attitude en région et à Paris", a estimé Geoffroy Roux de Bézieux.
Des attentes fortes
Pourtant à Lille, hier soir, les chefs d’entreprise réunis avaient l’enthousiasme discret. Peu d’applaudissements, peu de manifestations spontanées d’adhésion. Etait-ce l’effet d’une interminable cérémonie de passation des pouvoirs entre l’ancien et le nouveau président du Medef du Nord par laquelle avait débuté la réunion ou celui de la morosité du climat économique ? Plus sûrement, le fait que les attentes sont grandes vis-à-vis de la parole présidentielle dans l'après-midi, ce mardi 14 janvier.
Car si les chefs d’entreprise adhèrent à l’idée de créer des emplois, il y a encore loin de la coupe aux lèvres. Dans l’assistance chacun voit des obstacles à sa porte qui seront complexes à lever. Yves Mariot, dirigeant d’une société de transport de voyageurs se désole de ne pas avoir "pour ses chauffeurs de cars les mêmes possibilités d’amplitudes horaires que ses concurrents européens". Laurent Dubois, qui gère une société de fabrication de stores s’effraie lui "d’un coût du travail polonais trois fois moindre à celui qu’il connaît en France et d’une grande distribution qui met ses marges sous pression." Antoine Tostain estime, lui, que pour créer des emplois, il lui faut de la flexibilité dans les contrats de travail et un changement culturel : "si quelqu’un fait l’affaire, on le garde, sinon on doit pouvoir lui dire au revoir".
Bref tout cela fait beaucoup de défis pour un seul président de la République. Pierre Gattaz l’a bien compris et rappelle que cet objectif d’emplois doit être partagé par toute la nation avant de conclure, lyrique, par une citation de Mark Twain : "Ils ne savaient pas que c’était impossible alors ils l’ont fait !"
Anne-Sophie Bellaiche, à Lille





