L’usine de Saint-Jean-de-Maurienne (Savoie) de Trimet France s’est mise à l’heure allemande et cela semble lui réussir. L’ancienne filiale de Rio Tinto, spécialisée dans la production de fils d’aluminium, a redémarré la série d’électrolyse F arrêtée en 2009 avec la crise économique et la baisse du prix du métal. Ce redémarrage est inscrit dans le projet industriel de reprise de l’usine par Trimet et la moitié de la série est remise en route.
145 000 tonnes d’aluminium par an
"Notre objectif est d’atteindre la capacité totale de production de l’usine de 145 000 tonnes d’aluminium par an, précise Loïc Maenner, le directeur des opérations de Trimet France. Quand nous avons été repris fin décembre 2013, l’usine produisait 260 tonnes d’aluminium liquide par jour, l’objectif de pleine capacité d’ici la fin de l’année est de 400 tonnes par jour, or nous en sommes aujourd’hui à 330 tonnes. Parallèlement, nous redémarrons des installations dans la fonderie et dans le secteur carbone. Les engagements pris lors de la cession sont tenus par Trimet et dès le lendemain de la reprise, dès le 16 décembre, les projets de remise en service de ces capacités ont été lancés."
Le groupe familial Trimet a prévu un projet global d’investissement de 100 millions d’euros sur trois ans, avec 38 millions d’euros investis en 2014 à Saint-Jean-de-Maurienne.
Le feuilleton de la reprise de l’usine et le spectre d’une fermeture ont fait trembler la vallée de la Maurienne où elle emploie 470 personnes. Désormais détenu par le groupe Trimet aluminium à 65 % et EDF à 35 %, le site a retrouvé une certaine visibilité et prévoit de se diversifier.
2 millions d’euros ont été investis pour une nouvelle machine de coulée de lingots d’alliage pour l’industrie automobile, elle est attendue pour le début de l’année 2015. Le maintien de l’outil de production est aussi prévu dans le programme d’investissement : en 2014 et 2015, 5 millions d’euros sont consacrés au renforcement de la sous-station électrique et à la réfection de six transformateurs.
Le modèle allemand prend en Savoie
Par ailleurs, Trimet France réplique le modèle allemand de Trimet. "Une usine d’électrolyse aujourd’hui en Europe ne produit plus seulement de l’aluminium, assure Loïc Maenner. Par notre profil de consommation électrique très stable, nous pouvons apporter de vrais services à la stabilité du réseau électrique, avec des effacements pendant les heures de pointe et des dispositifs innovants."
Trimet France implante aussi des mécanismes de réserve primaire pour moduler sa consommation en fonction de la fréquence du réseau, en direct et en continu. Trimet fut le premier à le pratiquer en Allemagne à Hambourg, et cette méthode sera appliquée en Savoie d’ici la fin de l’année.
"Nous privilégions l’apprentissage comme modèle de formation"
L’usine de Saint-Jean-de-Maurienne est en pleine réorganisation du travail dans chaque secteur pour préparer son retour à une pleine capacité de production. "Cela va se traduire par des emplois supplémentaires : 38 alternants ont été embauchés depuis début 2014 car nous privilégions l’apprentissage comme modèle de formation, et nous employons 50 intérimaires que nous espérons transformer en emplois permanents d’ici la fin de l’année. Nous préparons la relève", souligne le directeur des opérations de Trimet France.
Dans le cadre de la cession, l’ensemble des accords salariaux sont renégociés. Un accord de méthodes a déjà été pris avec les trois organisations syndicales représentatives sur le site. Les grands objectifs de la direction sont le maintien de la couverture santé et prévoyance, le retour au temps de travail hebdomadaire de 35 heures (le temps de travail effectif est inférieur à 35 heures actuellement), et la mise en place d’un schéma incitatif de redistribution basé sur les résultats engrangés par l’entreprise.
Outre l’usine de Saint-Jean-de-Maurienne, le groupe Trimet aluminium a repris l’usine Rio Tinto de Castelsarrasin (Tarn-et-Garonne) qui emploie 30 personnes. Les deux sites français composent Trimet France, dont le PDG est Martin Iffert, président de Trimet aluminium SE. Le groupe allemand emploie 1 900 personnes et a réalisé l’an dernier 1,3 milliard d'euros de chiffre d'affaires.
Dorothée Thénot





