Les négociations s’annoncent intenses pour définir le prochain budget de l’Europe spatiale. Les discussions battent leur plein entre l’Agence spatiale européenne (ESA) et les 22 pays membres qui la financent. L’ensemble de ces acteurs doivent se réunir à Paris fin novembre pour définir le budget de l’agence pour les trois prochaines années.
«Nous discutons d’un package de 18 milliards d’euros», a indiqué publiquement le patron de l’ESA. Josef Aschbacher s’exprimait en ouverture de la conférence World satellite business week, la grande conférence de rentrée de l’ensemble du secteur spatial organisée par Euroconsult et qui se tient du 12 au 16 septembre à Paris. Cette enveloppe est cruciale, puisqu’elle correspond à environ 60% du financement public du secteur spatial européen. Elle correspond toutefois à une rallonge de 25% par rapport au budget de la période précédente.
Les Etats membres tentés de réduire leurs investissements
«C’est très ambitieux. Je comprends parfaitement que c’est élevé comparé à ce que nous avions eu la dernière fois, et par rapport à la situation politique actuelle. Mais c’est également nécessaire pour sortir de la crise dans laquelle nous sommes», s’est justifié le patron de l’agence européenne. Inutile de dire que le directeur général de l’ESA a placé la barre très très haut. Par comparaison, l’agence avait décroché pour la précédente période un budget de 14,4 milliards lors de la dernière conférence ministérielle qui s’était tenue à Séville (Espagne) en 2018. «C’était déjà un résultat exceptionnel», rappelle l’un des acteurs ayant pris part à ces discussions.
La bataille du budget entre l’agence et ses Etats membres sera rude. «Je dois dire que la préparation de cette conférence ministérielle n’a jamais été aussi difficile», a reconnu le dirigeant de l’ESA. La situation économique est difficile pour l’ensemble des pays européens qui doivent faire avec l’inflation, la stagnation de leurs économies, une explosion de leurs factures d’énergie…Et même s’ils reconnaissent l’apport des satellites pour leurs besoins dans les domaines de la communication, de la navigation et de l’observation de la Terre pour lutter contre le réchauffement climatique. Ils pourraient donc être tentés de réduire leurs participations au secteur spatial.
Lanceurs et satellites parmi les priorités
Or, pour le directeur de l’ESA, c’est tout le contraire qu’il faut faire. Selon lui, l’Europe spatiale doit impérativement renforcer son autonomie et réduire sa dépendance vis-à-vis de ses grands partenaires. «Nous sommes rendus compte à quel point nous étions dépendants de la Russie», a-t-il reconnu. Il a rappelé les événements liés à l’invasion de l’Ukraine par la Russie, à savoir l'abandon de la mission Exomars menée en coopération avec l’agence Roscosmos afin de faire rouler un rover à la surface de Mars en 2022. L’ESA avait investi plusieurs centaines de millions d’euros pour cette mission. Par ailleurs, le retrait des Russes du centre spatial guyanais a entraîné l’annulation de cinq tirs de fusées Soyouz prévus pour des missions au bénéfice des Etats européens.
A quoi serviraient ses 18 milliards d’euros? L’agence a rappelé ses priorités: les lanceurs, avec l’urgence de faire voler Ariane 6 le plus vite possible, et le développement du segment des mini-lanceurs, le renforcement de l’activité des satellites dans un large spectre d’activités (télécommunications, navigation, observation de la Terre, météo…). Il va falloir faire des croix sur certains programmes. Les Etats membres pourraient demander à l’ESA d’abandonner le financement de nouvelles activités dans le cadre de programmes dits «transverses», car utiles pour l’ensemble des activités de l’ESA. «Ces financements additionnels risquent de ne pas être souscrits par les Etats membres», commente un acteur proche des négociations. L’exploration spatiale habitée, défendue par la France, pourrait également faire les frais de la dégradation du contexte économique en Europe.





