Depuis le poste de pilotage du bateau qui mène au champ d’éoliennes offshore de Luchterduinen, Chris, le pilote anglais du bateau, a le regard perdu dans une mer du Nord étonnement calme. Radars, jauges et indicateurs mesurant tout ce qui est mesurable sur le bateau, les écrans débordent d’informations. "Le seul qui est vraiment important, c’est celui-là", déclare Chris en tapotant le radar de la main gauche – la droite occupée à manœuvrer. "Le reste c’est juste pour la frime ! C’est impressionnant, mais c’est facile à conduire." plaisante l’ancien pêcheur de 38 ans reconverti dans le pilotage de ces navires-navettes indispensables à l’exploitation des fermes d’éoliennes marines.
Depuis sa cabine, à l’étage du bateau, la vue panoramique est imprenable sur les flots de la mer du Nord. Car le complexe de Luchterduinen est bien loin des côtes. A 23 kilomètres au large, il est invisible au départ d’Ijmuiden – un port industriel situé non loin d’Amsterdam – et il faudra 45 minutes de navigation pour le rejoindre. "Je fais ça tous les jours !" s’exclame Chris, après qu’enfin les premières machines ont commencé à émerger du léger voile brumeux.
Pierre Berteloota Il faut environ 45 minutes de navigation pour atteindre la ferme éolienne, située à 23 km des côtes hollandaises.
25 km², 43 éoliennes, 129 MW

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Le complexe de Luchterduinen est constitué de 43 éoliennes réparties sur 25 km², et produisant chacune une énergie d’environ 3MW. La puissance de l’ensemble du champ avoisine donc les 129 MW. De quoi alimenter 150 000 foyers hollandais. "La ferme produit de l’énergie plus de 90% du temps, affirme le directeur des opérations de Van Oort. Ici le vent souffle quasiment tout le temps. Je ne les ai jamais vues toutes à l’arrêt !" Et de rappeler que la production d’électricité augmente avec le carré de la surface des pales. Plus la production est importante, plus les pales s’activent avec peu de vent. "Un peu comme une voile de kite, déclare-t-il. Avec une grosse voile, on peut voler avec très peu de vent !" Ainsi, les éoliennes de nouvelle génération, beaucoup plus grosses que celle du champ de Luchterduinen, sont selon lui porteuses de grandes promesses.
Les machines hollandaises ont pourtant déjà une sacrée stature : plus de 80 mètres de haut pour le mat et des pales de 50 mètres. Elles sont d’autant plus intimidantes qu’aucun arbre ou pylône à proximité n’est là pour tenir la comparaison. Parfaitement alignées en rang épars, elles se dressent fières et imposantes face au fracas des vagues. Et bien sûr, face au vent.
A l'avant du champ, perchée sur le même pilotis jaune que les éoliennes, une énorme structure métallique et cubique attire l'attention. "C'est l'OHVS, l'Offshore High Voltage Station, explique Chris. C'est là que l'électricité est collectée, transformée, avant d'être envoyée sur terre pour rejoindre le réseau via des câbles sous-marins." Des travaux titanesques que les promoteurs éoliens ont réussi à maîtriser avec le temps. Une fois construites, les éoliennes et l'OHVS bénéficient d'une surveillance quotidienne. Chaque jour, des techniciens sont acheminés en bateau et contrôlent chaque éolienne une à une.
Installer une éolienne en pleine mer n'est pas une mince affaire, mais la technologie est maintenant bien maîtrisée.
30 ans que l'éolien offshore tourne
Les machines de Luchterduinen, mises en service en 2015, s’appuient sur un savoir-faire technologique vieux de près de 30 ans. Les premières éoliennes offshore ont commencé à tourner en 1991 au large du Danemark. Depuis, le secteur connaît une croissance rapide. Fin 2018, c’est 18,5 GW qui étaient installés en Europe, principalement au Royaume-Uni et en Allemagne, qui cumulent à eux deux 77% de l’éolien en mer européen. Derrière, on retrouve le Danemark (1 701 MW), la Belgique (1 178 MW) et les Pays-Bas (957 MW), la part des autres pays européens étant anecdotique. Ces 5 pays totalisent à eux seuls 82% de l’éolien offshore mondial. La mer du Nord, grâce à sa faible profondeur et son régime de vents favorable, bénéficie en effet de conditions optimales au développement de cette source d’énergie.
"Notre expérience nous a permis de réduire grandement le coût de l'éolien en mer, déclare Lydia Schot, directrice de projet chez Eneco. Pour les parcs de Borssele, on est descendus à un record de 54,5€/MWh, alors que le prix avoisinait les 200€ il y a 10 ans à peine." Et cela grâce à l'augmentation de la taille des machines. La tendance est de faire des éoliennes de plus en plus grosses, quitte à en mettre moins. "On arrive maintenant à construire des turbines de plus de 10 MW, poursuit-elle. C'est ce qu'on voudrait installer à Dunkerque."
La France à la traîne... mais plus pour longtemps ?
Le premier parc éolien français en mer du Nord devrait en effet bientôt voir le jour, et Eneco entend bien remporter l'appel d'offres. Un complexe d’une puissance de 500 MW s’installera au large de Dunkerque et devrait être opérationnel en 2024. Dix candidats, des entreprises groupées en consortia, parmi les plus importants acteurs mondiaux du domaine de l’énergie, sont en lice pour remporter l’appel d’offre. Parmi eux, le consortium Vents de Dunkerque (Eneco, Boralex, Van Oord), Eliade (Vattenfall, WPD Offshore, Banque des Territoires), Moulins de Flandre (Deme, Shell, Quadran Energies Marines), ou encore les alliances Engie-EPDR et Total- Ørsted-Elicio. Les dossiers d’offres ont été déposés au mois de mars, et la sélection du lauréat devrait avoir lieu en juin 2019.
Le projet dunkerquois est le dernier d'une série de 3 appels d'offres, dont les deux premiers ont déjà abouti, et qui prévoient la construction de 6 pars éoliens offshore en France pour une puissance de 3 500 MW. Le pays souffre d'un retard conséquent dans le domaine, alors qu'avec une estimation de 200 GW, il dispose du deuxième plus grand potentiel mondial.





