La France négocie avec Bruxelles la distribution d'un biocarburant non routier 100% végétal, le GNR XTL

Après le carburant aérien durable, le gouvernement ouvre le dossier de la décarbonation des carburants non routiers pour l’agriculture, le BTP et les transports lourds. Au menu, augmentation progressive des prix sur le carburant non routier d’ici à 2030 et création d'un nouveau biocarburant non routier, 100% végétal, le GNR XTL.

Semoir tracteur
En attendant les tracteurs électriques, Agnès Pannier Runacher veut libérer la distribution de gasoil 100% bio pour les engins agricoles et du B-TP.

Tout comme l’avion à hydrogène n’est pas près de voler, la moissonneuse batteuse électrique n’est pas pour demain. Les batteries nécessaires pour ces engins agricoles très puissants «sont trop lourdes et écraseraient les champs», a expliqué Bruno Le Maire, le 26 octobre, en introduction d’un atelier de travail sur les biocarburants à Bercy. Des solutions arriveront peut-être, mais pour tenir ses engagements de réduction de gaz à effet de serre à 2030 et décarboner l’agriculture, mais aussi le BTP et le transport routier, «pas d’autre solution disponible immédiatement que les biocarburants».

Selon, le secrétariat général à la planification écologique, la consommation en France de gasoil non routier (GNR) est de l’ordre de 50 TWh par an, que la stratégie nationale bas carbone (SNBC) vise à décarboner à hauteur de 25% à 2030. Cela représente un besoin de 10 à 15 TWh de biocarburant ou carburant alternatif, plus chers et consommateurs de biomasse pour leur production. Et pas question de culture énergétique : c’est bien des biocarburants de deuxième génération, sans concurrence avec les cultures alimentaires, mais à base de connexes forestiers ou de résidus agricoles, qu’il va falloir produire.

«Une partie de la matière viendra aussi de la forêt», a rappelé Marc Fesneau, le ministre de l’Agriculture. Mais «l’appel en production de la biomasse pour l’agriculture sera significativement en hausse» et devra tenir compte des facteurs climatiques, du manque d’eau et d’un moindre usage aux produits phytosanitaires. «Il faudra trouver le bon équilibre» pour arriver «au bouclage de la biomasse», explique Marc Fesneau.  

Ne plus réserver le GNR XTL aux flottes captives

Un exercice qui nécessite aussi de gérer des priorités. Le réchauffement climatique entraine un effondrement du puits de carbone des forêts. Or c’est«la priorité numéro un» pour Agnès Pannier Runacher. Il entraine aussi un effondrement des rendements agricoles – la «priorité numéro 2». La production de biocarburant, elle, n’arrive qu’en troisième position.

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Or, pour décarboner les secteurs qui ne peuvent être électrifiés, comme l’aviation, le transport lourd et les engins agricoles, du bâtiment et des travaux publics, mais aussi la production d'électricité dans les outre-mer, le besoin en biomasse sera d’autant plus important qu'Agnès Pannier-Runacher a promis la création administrative d’un nouveau carburant non routier, le GNR XTL, constitué à 100% de biocarburant. Et non 7% comme le diesel vendu à la pompe actuellement. Elle négocie actuellement avec la Commission européenne «pour aboutir d’ici à 2024 à ne plus réserver ce carburant aux flottes professionnelles captives qui disposent d’une logistique dédiée, mais de pouvoir l’élargir sa distribution».

Ces biocarburants seront forcément plus chers. Pour les subventionner et en inciter l’usage, le gouvernement a enfin décidé de réduire les avantages fiscaux des carburants non routiers, promettant que «100 % de ces recettes fiscales iront au financement de la décarbonation», assure Bruno Le Maire. Après 8 mois de négociation avec les filières agricole et du BTP, le ministère de l’Économie, des Finances et de l’Industrie a annoncé «une hausse très progressive des tarifs du GNR agricole et non agricole». Cette hausse sera «étalée sur 7 ans, jusqu’en 2030, à un rythme de 2,85 cent/litre par an pour les agriculteurs et de 5,99 centimes pour le bâtiment et les travaux publics». De quoi donner la visibilité et le temps nécessaire aux secteurs pour s'adapter, estime-t-il. 

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