Parmi plus de 70 projets d’exploration de gisement d’hydrogène naturel recensés sur la planète, celui de la Française de l’énergie (FDE) espère obtenir des avancées décisives, courant 2026, dans le bassin carbonifère lorrain.
À Pontpierre (Moselle) où se trouve également le siège de cette entreprise cotée, une unité de forage de plus de 40 mètres de haut tourne à plein régime depuis trois mois. La société y achève le fonçage d’un puits de reconnaissance géologique, entrepris dans le cadre du programme scientifique Regalor 2 en partenariat avec le laboratoire Géoressources (Université de Lorraine, CNRS), le BRGM, la société d’ingénierie Solexperts, le transporteur de gaz Teréga et Saint-Gobain Recherche. La tête de forage pourrait atteindre les 4000 mètres de profondeur d’ici au 15 février, date programmée de la fin des opérations.
De l’hydrogène emprisonné dans l’eau d’un aquifère
«Ce puits va nous aider à comprendre comment se forme l’hydrogène : ici le gaz n’est pas emprisonné dans des cavités naturelles, contrairement à ce que recherchent les projets en prospection conventionnelle, mais dissous dans l’eau d’un aquifère, détaille Jacques Pironon, directeur de recherche émérite au CNRS et pilote du projet Regalor 2 avec son confrère Philippe de Donato. À partir de cette analyse, nous pourrons estimer plus finement le gisement du bassin carbonifère lorrain.»
Ce programme de 14,4 millions d’euros, soutenu à hauteur de 8,8 millions d’euros par le Fonds européen pour la transition juste (FTJ) et la Région Grand Est, doit également confirmer des données extrapolées sur la base de mesures réalisées à des profondeurs moindres, en 2023, sur un puits voisin. Jacques Pironon anticipe une concentration en hydrogène du gaz collecté autour de 50% à 3000 mètres de profondeur et de 75% à 4000 mètres.
Enfin, les partenaires de ce programme trisannuel 2025-2028 vont évaluer la vitesse de formation de l’hydrogène et tester une nouvelle génération de sonde, plus robuste, capable de laisser passer les gaz sous pression, mais pas l’eau. En cours de développement avec Saint-Gobain Recherche, cette sonde devrait recourir à des membranes semi-perméables en céramique.
Dans le même temps, FDE va élargir sa zone géographique de prospection. Cette société de 113 salariés (chiffre d’affaires de 30,4 millions d’euros en 2025) a en effet obtenu, le 28 janvier, un permis exclusif de recherches de gisements d’hydrogène dans le bassin lorrain. Valable pour une durée de cinq ans renouvelables, le permis dit des «Trois évêchés» couvre 2254 km², incluant dans son périmètre plus de 300 communes de Moselle et Meurthe-et-Moselle.
Cartographie des clients potentiels
«Nous travaillons actuellement sur la demande d’autorisation d’un nouveau forage. Il s’agit, cette fois, d’un forage d’exploration et non de reconnaissance géologique, comme c’est le cas à Pontpierre», détaille Romain Chenillot, responsable géosciences gaz de mine à FDE. Dans le cadre de ce permis, l’engagement financier de l’entreprise devrait être de 8 millions d’euros a minima.
«Nous devons établir une cartographie énergétique afin de positionner intelligemment nos futurs forages, explique FDE. L’idéal serait d’implanter le puits d’exploration à côté d’un site industriel qui pourrait, à terme, consommer la ressource en hydrogène naturel.» La proximité de la centrale thermique Émile Huchet à Saint-Avold (Moselle) constitue un atout, au même titre que celle du projet de pipeline transfrontalier de transport d’hydrogène MosaHYc porté par le gestionnaire de réseau Natran (ex-GRTgaz) et son homologue allemand Creos. Ce réseau doit notamment favoriser la décarbonation des installations du sidérurgiste allemand Stahl Holding Saar (SHS).
Décrocher le permis d’exploiter le gisement
Car FDE va devoir non seulement démontrer la faisabilité technique de son projet, mais aussi sa viabilité économique s’il veut espérer décrocher son graal : un permis d’exploiter le gisement. D’après les premières estimations du laboratoire Georessources, environ 34 millions de tonnes d’hydrogène seraient disponibles dans le bassin carbonifère lorrain. «Cela équivaut à plusieurs années de consommation de gaz naturel en France», détaille Jacques Pironon.
Ce sésame a déjà été refusé à FDE pour le gaz de charbon – du méthane piégé dans un réseau de fractures dans la roche du sous-sol lorrain. Après plusieurs années de bataille policio-judiciaire, un arrêté du Conseil d’État du 16 décembre 2025 est venu annuler le décret accordant la concession de mines d’hydrocarbures conventionnels, dite «Concession de bleue Lorraine».





