Ce devait être la Guyane. Mais la construction de la centrale électrique de Larivot d’EDF, à Cayenne, ayant pris du retard, le premier territoire français à atteindre 100% d’électricité renouvelable sera la Réunion. Et ce dès 2024, comme le fixe la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) de l’île adoptée en avril 2022.
L’année dernière, le mix électrique ne comprenait pourtant encore que 38% d’énergies renouvelables – dont 21% d’hydraulique et 9% de solaire – contre 42% de diesel et gaz, et 19% de charbon. Mais l’opérateur Albioma avait décidé dès 2019 le remplacement du charbon, utilisé en alternance avec la bagasse dans ses deux centrales réunionnaises, avec de la biomasse solide, donc du bois, importée. Et l’électricien national, via sa filiale EDF PEI, a décidé en 2020, la conversion de la centrale électrique au fioul de Port Est à la biomasse liquide. La bascule sera achevée d’ici à fin octobre.
Du biofioul à base de colza... européen
D’une puissance de 212 MW, la centrale de Port fournit 40% de l’électricité consommée sur l’île. «La biomasse liquide permet de diviser par trois l’empreinte carbone et par quatre les émissions de particules», explique Frédéric Maillard, président d’EDF PEI, la filiale construction d’EDF. Las, malgré la ressource en biomasse locale, la biomasse liquide n’est pas produite sur l’île, mais importée «comme l’était le fioul», remarque Antoine Jourdain directeur d’EDF SEI, qui gère les réseaux électriques des zones non interconnecté.
Celle-ci sera fournie par Saipol, une filiale du groupe Avril, et produite à partir de colza européen comme l’exigent les directives européennes sur les énergies renouvelables RED II et la nouvelle RED III, qui vient d’être adoptée. «La sélection de l’approvisionnement est sujet très important», rappelle Frédéric Maillard. Pour sélectionner Saipol, les principaux critères de choix étaient «la qualité environnementale des produits et la sécurité d’approvisionnement des centrales». Pas question en effet d’alimenter les centrales EDF en biofioul à base d’huile de palme ou de soja, sources de déforestation. Le contrat avec Saipol devrait assurer un approvisionnement «sur toute la durée de vie de la centrale», indique EDF.

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Cette conversion, qui représente un investissement d’environ 10 millions d’euros, s’est avérée «une prouesse technique» selon Frédéric Maillard. «Elle a été opérée en fonctionnement, alors que les deux combustibles ne sont pas miscibles», relate-t-il. A une telle puissance, c’est même «une première mondiale», assure EDF, qui avait testé la technologie en Guadeloupe. Après des études réalisées en 2021, la décision finale d’investissement a été prise en 2022 et les travaux lancés début 2023. La conversion a débuté en juin et s’achève en octobre avec la mise en service du dernier des 12 moteurs convertis.
Un cas d'école pour les autres outremers
Le passage d'une source d'énergie à l'autre consiste essentiellement en des travaux d’adaptation des auxiliaires de la centrale (bâches, pompes, circuits de combustible, effluents, etc.) et du contrôle-commande. Les moteurs en eux-mêmes étant déjà adaptés à l’utilisation de biomasse liquide. Rudolf Diesel faisait déjà fonctionner ses moteurs à l’huile végétale il y a plus d’un siècle, rappelle EDF. Et si l’électricien ne communique pas sur le surcoût de la production d’électricité lié à l’usage de la biomasse liquide, il explique qu’il est «variable en fonction des cours de marché» et qu’une partie «est compensée par l’économie de CO2 liée à l’utilisation de biomasse», indique l'opérateur.
Première à cette échelle industrielle, l’usine de la biomasse liquide à la Réunion fera l’objet d’un retour d’expérience en 2024 et 2025, dont devraient bénéficier les autres territoires ultramarins gérés par EDF. L'énergéticien construit en effet deux nouvelles centrales électriques à la biomasse liquide en Corse (Lucciana au nord de l’île) et en Guyane, avec celle de Larivot, qui doivent entrer en service en 2026.
EDF compte ensuite convertir les centrales de Ricanto en Corse du Sud en 2027, puis celles de Bellefontaine en Martinique et Jarry en Guadeloupe en 2028. L’opérateur promet ainsi que, hormis la Corse qui est connectée au réseau de Sardaigne et Sicile encore très carboné, toutes les zones non interconnecté (ZNI) gérées par lui seront 100% renouvelables d’ici à 2033.





