Pour sortir du charbon, La Réunion devra choisir entre biomasse importée et culture énergétique

A la Réunion, le producteur d’électricité outre-marin Albioma envisage de convertir ses deux centrales électrique charbon/bagasse à la biomasse. La ressource locale n’est pas suffisante.

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Pour sortir du charbon, La Réunion devra choisir entre biomasse importée et culture énergétique
Elément clé de la culture et du patrimoine de La Réunion, la culture de la canne à sucre représente 14 000 emplois directs et indirects.

Le sujet est tabou. Mais la loi de 2015 obligeant les territoires d’outre-mer à l’autonomie énergétique en 2030 pourrait mettre le sujet sur la table. A La Réunion, ne faut-il pas troquer la culture de canne à sucre ultra subventionnée par l’Europe contre des cultures énergétiques de canne fibre ? Le sujet est politique. Hormis les acteurs des énergies renouvelables, personne n’ose trop en parler.

Et Albioma (480 personnes, 403 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2017), qui produit sur l’île 54 % de l’électricité dans deux centrales mixte bagasse/charbon, moins que personne, tant le sujet est sensible. Pourtant, le spécialiste de la valorisation énergétique de la bagasse (le résidu de canne à sucre) pourrait en être le principal acteur.

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Objectif autonomie énergétique en 2030

Pour respecter la loi de transition énergétique pour la croissance verte de 2015, qui fixe comme objectif l’autonomie énergétique des départements d’outre-mer d’ici à 2030, avec une étape à 50 % en 2020, Albioma propose de convertir ses deux centrales électriques hybrides bagasse/charbon de Bois-Rouge (100 MW) au nord-est et Le Gol (111 MW) au sud-est à la biomasse, ou plus exactement à un mix bagasse/biomasse.

Sauf que, selon les calculs de l’Office national des forêts (ONF) local, sur les 500 000 à 600 000 tonnes de bois déchiquetés (ou 300 000 à 400 000 tonnes de pellets) dont Albioma aurait besoin pour remplacer le charbon, tout en continuant à brûler la bagasse lors des saisons de récolte, l’île ne peut en couvrir au mieux que 30 %.

Sans conflit avec d’autres, comme le bois d’œuvre ou la fourniture de litière de bois à la filière d’élevage aviaire, l’ONF évalue la ressource locale en bois valorisable et d’élagage à 100 000 tonnes et les déchets verts entre 100 000 et 114 000 tonnes. Il lui faudrait pour les exploiter réaliser un investissement annuel de 300 000 euros. Cela permettrait de consolider une filière d’environ 800 emplois sur toute l’Île. Accessible et souhaitable donc.

800 emplois dans la filière bois

Le compte n’y est pas pour Albioma. Pour remplacer complètement le charbon, l’exploitant va devoir importer des pellets de bois des Etats-Unis, du Canada ou du Brésil. Alors qu’il était encore secrétaire d’Etat auprès du ministre de la Transition écologique et solidaire, Sébastien Lecornu, en visite à La Réunion, aurait jugé l’option inacceptable. Les alternatives n’ont, a priori, rien pour plaire.

Il faudrait que La Réunion tourne la page de la canne à sucre subventionnée, qui manque cruellement de débouchés, contre une culture de canne fibre, exploitable toute l’année, pour alimenter en biomasse ses centrales électriques. Cela bouleverserait une partie de l’économie. La canne à sucre couvre près de 60 % des surfaces cultivées à La Réunion (plus de 24 000 hectares) dans 3 000 exploitations. Celles-ci récoltent 1,9 million de tonnes de cannes pour une production moyenne de 210 000 tonnes de sucre. La filière canne-sucre représente près de 14 000 emplois directs et indirects.

Passer au 100% renouvelables ?

La canne fibre mettrait aussi fin au problème de surplus. Ce qui n’arrangera pas forcément Albioma. Ce dernier vient juste de mettre en service la première centrale électrique au monde fonctionnant au bioéthanol de canne à sucre, issues des surplus de mélasse d’une raffinerie de Rhum.

L’autre option serait de revoir complètement la production d‘électricité sur l’île et de progressivement remplacer les centrales à énergie fossile par du photovoltaïque et un peu d‘éolien. EDF SEI, qui gère toute l’électricité de l’île, ne l’envisage même pas, même si les renouvelables représentent déjà 36 % de la production électrique. En plein révision de la PPE (programmation pluriannuelle de l'énergie) de La Réunion, la question mérite pourtant d'être posée.

A la Réunion, Aurélie Barbaux

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