Qui a dit qu’il n’y avait pas de vagues en Île-de-France ? Situé sur l’île des impressionnistes, le EDF Lab Chatou (Yvelines) abrite en son sein un entrepôt de 10000 m², où le groupe reproduit les conditions en mer dans plusieurs bassins, de manière à pouvoir déterminer l’impact du courant sur les éoliennes offshore. Si ces tests physiques sont toujours nécessaires pour récolter des données sur des paramètres bien spécifiques, ils sont aujourd’hui moins fréquents, grâce à l’avènement d’un nouvel outil : DIEGO. Un nom inspiré du footballeur Maradona, dont ses développeurs étaient fans, mais se révèle l’acronyme de «Dynamique Intégrée des Éoliennes et Génératrices Offshore».
Modéliser les différentes technologies
Imaginé il y a une dizaine d’années, ce logiciel est aujourd’hui capable de modéliser des éoliennes offshore et de les équiper virtuellement avec différents types de flotteurs. Le but est de déterminer la technologie la plus adaptée, en fonction des conditions d’exploitation. Quatre architectures se sont en effet imposées : les flotteurs reliés à des lignes d'ancrage tendues, inspirés des plateformes pétrolières, les semi-submersibles, de grande envergure et retenus par un ancrage gravitaire, les barges, qui jouissent d’une structure plus simple et enfin les «Spar», qui utilisent un cylindre d'acier lesté en guise de fondation ancrée.
EDF Pour les énergéticiens, le choix de la technologie s’avère crucial, car, comme le rappelle l’ingénieur Christophe Peyrard, spécialiste de la recherche dans l’éolien flottant, «les fabricants nous ont indiqué qu’au-delà d’une inclinaison de 5°, les éoliennes risquent une prise au vent trop importante et peuvent ainsi s’endommager». Grâce à DIEGO, l’équipe R&D d’EDF peut anticiper les réactions des différents types de flotteurs selon l’intensité du vent, des vagues, mais aussi en cas d’arrêt brutal de la turbine. «Il s’agit d’un vrai atout, qui nous permet de rester à la pointe sur un domaine compliqué, encore en voie de développement», reprend l’ingénieur, qui précise que le logiciel peut « simuler toute la durée de vie d’une éolienne flottante en deux heures à peine».
Des applications concrètes
Les bénéfices de DIEGO ont pu être démontrés sur le projet pilote Provence Grand Large, le premier parc éolien flottant français, situé au large de Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône). Avant de répondre à l’appel d’offres, EDF a modélisé les principales technologies de flotteurs et a finalement retenu les lignes d’ancrage tendues. Cela s'explique par leur grande stabilité, offrant des conditions idéales pour la commercialisation de l’électricité. DIEGO a également été utilisé lors de la construction, en particulier en prévision du remorquage, une phase technique complexe.
Mises en service début juin, les trois éoliennes flottantes de Provence Grand Large sont équipées de nombreux capteurs, qui serviront, entre autres, à créer un jumeau numérique du projet. Les données collectées permettront d’enrichir DIEGO, en vérifiant la concordance entre les calculs numériques et la façon dont réagissent véritablement les équipements en mer. Les équipes d’EDF pourront s’appuyer sur ce logiciel pour développer le prochain grand objectif du groupe en la matière : Méditerranée Grand Large. Ce parc éolien flottant, doté d’une capacité de 250 MW, devrait être raccordé au réseau à l’horizon 2031.





