Arkema fêtera en 2026 les 20 ans écoulés depuis son spin-off de Total (devenu TotalEnergies). Après cinq premières années de restructurations, puis une décennie de recentrage sur les matériaux de spécialité, qui ont permis de doubler le chiffre d’affaires et de tripler la marge d’Ebidta, le groupe français prévoit une phase d’accélération de sa croissance pour la période 2024-2028. Le nouveau plan stratégique, présenté le 27 septembre 2023, est axé sur la croissance organique, en s’appuyant sur ses technologies de pointe et ses investissements industriels.
Ces derniers seront, par exemple, augmentés de 15% par rapport aux cinq années précédentes, à hauteur de 3,75 milliards d’euros entre 2024 et 2028. L'objectif financier est de porter le chiffre d’affaires annuel d’environ 10 milliards d’euros à 12 milliards, soit une croissance moyenne annuelle des ventes de 4%, et d’atteindre une marge d’Ebitda de 18%, contre environ 16% cette année, grâce à une progression annuelle de 7% à 8%.
Technologies accélératrices et marchés porteurs
En 18 ans, le portefeuille du groupe a été remodelé en profondeur, avec un recentrage sur les matériaux avancés, tels des polymères de très haute performance, les adhésifs, et les solutions de revêtements. «Ces dix dernières années ,nous avons concentré nos moyens sur une dizaine de technologies clés, de pointe, avec des marges supérieures, qui servent des marchés en forte croissance», rappelle Thierry Le Hénaff, le PDG. Il cite en premier lieu des segments comme les énergies vertes et la mobilité électrique, l’électronique de pointe, ou les équipements de sport, comme les «chaussures, qui battent des records». Il y en a d’autres, comme la construction plus durable, la filtration de l’eau ou les appareils médicaux. Soit des marchés tournés vers le développement durable et porteurs, dynamisés par des croissances moyennes de 12%. Ils constituent aujourd’hui 15% des ventes du groupe mais devraient compter pour un quart d’ici 2028. Le «cœur du réacteur d’Arkema», assure Thierry Le Hénaff, ce sont «nos technologies accélératrices sur ces marchés porteurs», lesquelles concentrent désormais la moitié des investissements de R&D du groupe.
Pour amener ces technologies aux marchés, le patron d’Arkema souligne qu’il «faut des usines». Ces derniers mois, le chimiste tricolore a finalisé de très grands investissements industriels, représentant un effort cumulé de près de 800 millions d’euros, avec de nouvelles unités ou des renforcements capacitaires à Singapour, en Chine, en France et aux Etats-Unis, dans les domaines du polyamide 11 bio-sourcé, dans le polyfluorure de vinylidène (PVDF), qui cible notamment le marché des batteries automobiles, ou encore certaines spécialités fluorées. Jusqu’en 2028, Arkema prévoit 3,75 milliards d’euros d’investissements industriels dont 2 milliards pour les nouveaux projets, le solde étant consacré à la maintenance, les réglementations et aux efforts de décarbonation.
1 milliard d’euros d’investissements quasi enclenchés en Chine, aux Etats-Unis et en France
Sur l’enveloppe de 2 milliards d’euros de nouveaux projets, la moitié est déjà identifiée et quasi enclenchée. Le groupe vient ainsi de dévoiler trois chantiers. Sur sa gigantesque plateforme de Changshu, en Chine, 50 millions d’euros permettront de multiplier par 2,5 d’ici à 2025 la capacité de peroxydes organiques, utilisés comme additifs pour les panneaux photovoltaïques notamment. Sur son site de Beaumont, au Texas (Etats-Unis), Arkema injecte 130 millions d’euros pour implanter des capacités de disulfure de diméthyle (DMDS) pour le deuxième trimestre 2025. Ces additifs, que le groupe produit pour le moment en Malaisie et à Lacq (Pyrénées-Atlantiques), sont utilisés dans la conversion d’huiles végétales et de déchets agroalimentaires en biocarburants pour le transport routier et aérien. Enfin, à Carling, en Moselle, 130 millions d’euros également seront déployés pour implanter d’ici à 2026 un nouveau procédé de purification sur ce site de production de monomères acryliques, qui trouvent des applications dans des adhésifs, des revêtements, et des matériaux de performance très utilisés dans l’électronique, les batteries automobiles, les nouvelles énergies ou encore l’impression 3D. Le projet permettra de réduire l’utilisation de solvants pour ces productions et de réduire de 20% les émissions de l’usine.
Deux autres projets industriels sont envisagés à court terme. En Asie, pour poursuivre dans la chaîne de valeur de son monomère amino 11 bio-sourcé, Arkema envisage d’investir dans des polymères biosourcés, en particulier pour des grades transparents et recyclés. Enfin, et ce sera le plus important projet en termes de capital, le groupe entend fortement muscler les capacités de son site américain de Calvert City pour la production de PVDF et de sels d’électrolyte pour accompagner l’essor américain du marchés des batteries et des véhicules électriques. Ces dernières années, ce type d’investissements avait surtout concerné ses complexes de Changshu et de Pierre-Bénite (Rhône).
En parallèle, Arkema doit encore affiner légèrement son portefeuille. «Nous devons finaliser la cession de nos gaz fluorés et également de nos acryliques en Chine. Mais nous remplacerons par le même chiffre d’affaires et le même Ebitda par des acquisitions ciblées, il n’y aura pas d’effet périmètre, c’est une pure croissance organique», assure Thierry Le Hénaff. Engagé dans la finalisation de deux grandes acquisitions, celle du groupe coréen PIAM et celle des adhésifs de l’américain Ashland, Arkema poursuivra des acquisitions mais de manière plus mesurée que ces dernières années. Le plan stratégique jusqu’en 2028 sera «plus stable au niveau du portefeuille d’activité en termes de fusions et acquisitions», promet Thierry Le Hénaff. «Nous sommes axés sur la croissance organique».





