La machine à fabriquer des licornes françaises tourne à plein régime grâce aux « zinzins »

L'initiative Tibi rencontre un grand succès auprès des investisseurs. Lancé en 2019 avec le concours des « zinzins » (ou investisseurs institutionnels), ce programme de financement vise à soutenir le développement des start-up françaises. Le gouvernement a annoncé lundi 7 juin un large dépassement des objectifs.

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siege de la BPI banque publique d'investissement
Le siège de la BPI, l'un des protagonistes de l'initiative Tibi.

« Il est très loin le temps où un président de la République pouvait dire : "la finance, c'est l'ennemi”. » Bruno Le Maire donne le ton. Lundi 7 juin, le ministre de l’Économie a fait un point d’étape sur l’avancée de l’initiative Tibi. En 2019, l’exécutif avait mobilisé les investisseurs institutionnels (les « zinzins ») pour soutenir les start-up françaises. Devant le grand succès du programme, le gouvernement a décidé de réévaluer à la hausse ses objectifs.

L’effet levier réévalué

A l'époque, Philippe Tibi, professeur d’économie à l’École Polytechnique, avait lancé l’alerte : malgré le dynamisme de la French Tech, les entreprises technologiques françaises peinent à trouver des fonds pour poursuivre leur développement en France. « Aucun de nos compatriotes ne peut accepter que nous dépensions de l'argent public pour faire naître, émerger, se développer une start-up qui ensuite va poursuivre sa vie dans un pays étranger, très souvent les États-Unis, où elle trouve des financements plus favorables », regrette Bruno Le Maire.

Appelés à la rescousse, 21 « zinzins » français s'étaient engagés à consacrer 6 milliards d’euros de leurs encours dans des fonds français de capital-investissement « late stage » et des fonds spécialisés cotés. L’objectif était de lever au total 20 milliards d’euros au sein des fonds labellisés. Le gouvernement espérait ainsi générer un effet levier en attirant d’autres investisseurs autour des « zinzins », de manière à atteindre une levée totale de 20 milliards d’euros en 2022.

L’objectif devrait être très largement dépassé. Plus de 18 milliards d’euros ont déjà été investis dans les fonds labellisés. Le gouvernement estime donc que la levée totale atteindra 30 milliards d’euros au lieu de 20 milliards, « eu égard aux résultats déjà obtenus et en anticipation de l’intervention des Experts en financement des entreprises technologiques (EFET) ».

« Ne pas rater la deuxième génération » de géants technologiques

Parmi les entreprises qui ont déjà bénéficié de l’initiative, on retrouve Payfit qui a levé 90 millions d’euros en mars 2021. Cette entreprise développe des logiciels permettant aux PME d’automatiser la gestion de leur paie et leur gestion administrative. Spécialiste de la thérapie génique en ophtalmologie, SparingVision a levé 44,5 millions d’euros en octobre 2020. « Nous avons raté la première vague des GAFA. Mais nous avons fermement l’intention de ne pas rater la deuxième génération », a insisté Virginie Morgon, présidente du directoire d’Eurazeo, qui pilote l’un des fonds agréés.

L’implication des EFET va permettre à l’initiative Tibi de gagner une envergure internationale. « Les EFET sont les dix banques d’investissement internationales qui nous mettront en relation avec des investisseurs de long terme du monde entier (compagnies d’assurance, fonds souverains, family offices, fonds de pension), ainsi qu’avec des fonds d’investissement de premier rang mondial », explique le gouvernement. Avec ce plan, l’État compte bien maintenir le rang français en terme d’attractivité. Lundi 7 juin, le baromètre annuel d’EY a révélé que la France restait la première destination d’investissement des entreprises étrangères en Europe, devant le Royaume-Uni.

La recherche, point noir de l’attractivité française

« Dans ce résultat, il y a un point noir, a reconnu le ministre de l’Économie. C’est l’installation de centres de recherche et de développement, donc la capacité à attirer ceux qui vont créer ces innovations, qui vont développer ces nouvelles technologies. Je crois vraiment que dans la décennie qui s’ouvre, cela doit être un des enjeux et un des engagements majeurs de notre pays que de nous focaliser sur les nouvelles technologies, la recherche, l’innovation, les universités. »

« Des sociétés bougent leur centre de gravité de l’Europe ou de Paris vers les États-Unis. Est-ce que c’est gênant ? Pas tant que cela. Quand une société se fait racheter, bien souvent et même le plus souvent, l’ensemble de la R&D reste basée en France », a relativisé Benoist Grossmann, co-président de France Digitale. « Ces sociétés doivent se développer aux États-Unis parce que le marché du numérique - on aime ou on n’aime pas - est avant tout drivé par les gens de la Silicon Valley », a-t-il ajouté.

De la start-up nation aux grandes entreprises technologiques

En soutenant le développement des start-up, le gouvernement espère faire émerger davantage de « licornes » françaises, ces jeunes pousses dont la valorisation dépasse 1 milliard de dollars (environ 820 millions d’euros). Aujourd’hui, la France en compte 14 : Shift Technology et Back Market ont récemment rejoint ce petit club. D’ici à 2025, l’État espère que 25 start-up atteindront cette dimension. « 25 pour moi, c'est le chiffre bas de la fourchette », a estimé Bruno Le Maire. « Nous étions une nation start-up. Nous allons devenir prochainement une nation de grandes entreprises technologiques », a-t-il annoncé.

Malgré le bilan positif réalisé par le gouvernement, l’initiateur du projet Philippe Tibi a conclu les échanges en insistant sur le risque de déclassement de l’Europe. « C’est pour cela que votre mobilisation est vitale, a-t-il déclaré aux investisseurs. La France et l’Europe sont menacées d’être déclassées en technologies par rapport aux États-Unis et à la Chine. Aujourd’hui, pour exister dans le secteur des biotechs, des batteries et des semi-conducteurs qui sont des facteurs essentiels des disruptions de nombreux secteurs, le ticket d’investissement est de10 milliards. Il faut arrêter de compter en centaines de millions, voire en milliards. Les grands sujets sont des sujets qui mobiliseront des dizaines de milliards. Il reste beaucoup de chemin à faire. »

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