Analyse

Quand Emmanuel Macron regrette son engagement sur la sortie du glyphosate

Dans une interview au Parisien, Emmanuel Macron a regretté s'être engagé sur la sortie du glyphosate. « C'est une erreur que j'ai commise en début de quinquennat » a expliqué le chef de l'Etat. L'Usine Nouvelle revient sur cet épineux dossier.

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En 2017, Emmanuel Macron s'était engagé à sortir du glyphosate sous trois ans.

Ce n'est certainement pas la phrase de l'interview accordée par Emmanuel Macron au quotidien Le Parisien qui fera le plus parler. Interrogé sur la sortie du glyphosate, le président de la République a pourtant reconnu s'être trompé. «C'est une erreur commise en début de quinquennat », indique-t-il. En 2017, alors que le glyphosate avait été une nouvelle fois homologué pour cinq ans par l'Union européenne, Emmanuel Macron s'était engagé à en finir avec le fameux herbicide... d'ici à 2020.

Depuis, le chef de l'Etat explique avoir été alerté par les agriculteurs sur les difficultés à se passer du glyphosate. « Certains agriculteurs m'ont dit que si on les obligeait à sortir rapidement, ils allaient mettre la clé sous la porte, parce que leurs concurrents espagnols ou italiens, eux, pouvaient continuer à produire » détaille le Président dans l'interview. « Je ne peux pas mettre des agriculteurs dans des impasses et sans solution», ajoute-t-il, précisant que « l'on est à l'heure des solutions pratiques ».

L'enjeu des alternatives

La question des alternatives est au centre des débats autour du glyphosate. Les industriels du secteur avancent qu'aucune solution équivalente n'est pour le moment disponible. De son côté, l'agence de sécurité sanitaire (Anses), dans une étude comparative publiée en décembre 2020, reconnaît certaines situations d'impasses techniques, c'est-à-dire des situations pour lesquelles « aucune alternative d’usage courant ne permet de répondre à court terme aux besoins des professionnels, sans nécessiter une modification substantielle des pratiques, qui aurait un fort impact sur l’activité agricole ». L'agence de sécurité sanitaire évoque, par exemple, les difficultés de désherbage sous rang ou les parcelles non-mécanisables en viticulture et en arboriculture.

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Malgré ces difficultés, l'Anses souligne que la consommation de glyphosate a baissé 11% entre 2018 et 2020. Pour accélérer la sortie du glyphosate, elle dresse même une liste de bonnes pratiques, parmi lesquelles le labour entre deux cycles annuels de cultures ou la restriction des doses utilisées. Selon les estimations de la Plateforme Glyphosate France, qui représente les industriels fabricants de l'herbicide, « si l’on applique strictement les précautions résultant de l’analyse comparative de l’Anses, les proportions d’utilisation du glyphosate pourraient baisser de 31% au total (et notamment de 77% pour la vigne) ».

Une harmonisation à l'échelle européenne

Face à ces blocages, le chef de l'Etat précise désormais qu'il « faut agir sur ces sujets au niveau européen ». A la tête de la présidence tournante du Conseil de l’Union européenne depuis le 1er janvier 2022, c'est probablement l'un des sujets que le gouvernement tentera de remettre sur le tapis. D'autant que l'année 2022 sera cruciale pour l'herbicide. Son autorisation de mise sur le marché prend fin en décembre 2022 et une nouvelle homologation doit être adoptée.

Avec la Hongrie, les Pays-Bas et la Suède, la France fait partie du Groupe d’évaluation du glyphosate (AGG). Dans le cadre de la procédure de réhomologation, cet organisme est chargé de l'évaluation du pesticide. L'AGG a conclu, dans un rapport publié à l'été 2021, que le pesticide n’était ni cancérogène, ni reprotoxique, ni mutagène. Une évaluation qui va à l'encontre de l'avis du Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), branche de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), qui, en 2015, a classé le glyphosate comme cancérogène probable pour l’Homme.

Au-delà de ce rapport, reste à savoir quelle sera la position officielle de la France sur ce dossier. Celle-ci sera d'autant plus scrupuleusement scrutée que l'Allemagne, qui avait en 2017 soutenu la réhomologation du glyphosate, pourrait cette fois changer de position. Le nouveau ministre de l'Agriculture Cem Özdemir, issu du parti Vert, s'est déjà prononcé contre le renouvellement de l'autorisation de mise sur le marché de l'herbicide.

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