Transports

[Décryptage] Quelles solutions s'offrent à la SNCF pour sortir du glyphosate ?

Rémi Amalvy , , , ,

Publié le

C'est acté par la ministre de l'Écologie, la SNCF va devoir sortir du glyphosate. Loin d'apprendre la nouvelle, la société ferroviaire réfléchit déjà à des solutions alternatives, pour une transition avant la fin de 2021. L'Usine Nouvelle fait le point sur ces différentes possibilités.

[Décryptage] Quelles solutions s'offrent à la SNCF pour sortir du glyphosate ?
Pour se passer du glyphosate, la SNCF multiplie les initiatives.
© SNCF

"Il faudra que la SNCF sorte du glyphosate", a déclaré le 12 janvier, sur BFMTV, la ministre de la Transition écologique Elisabeth Borne. L’entreprise ferroviaire ne devrait donc pas être exemptée de l’interdiction de l’usage non agricole des pesticides, que le gouvernement veut mettre en place avant l’été prochain.

Loin d’accuser le coup, la SNCF se prépare à la transition. "Des engagements forts ont ainsi été pris concernant, entre autres, les enjeux de sécurité, de biodiversité, de qualité de l’eau ou encore d’insertion sociale, en lien avec le plan d’action gouvernemental pour réduire la dépendance aux herbicides", précise-t-elle. Si le gouvernement n’a pas encore donné à l’entreprise de date précise pour cette sortie, celle-ci souhaite être prête "avant fin 2021".

130 millions d'euros pour le désherbage 

En 2018, le "budget global de la maîtrise de la végétation" de la SNCF s’est établi à 100 millions d’euros pour les dépendances vertes, auxquels s'ajoutent 30 millions d'euros pour les voies et les pistes. Un chiffre qui comprend les dépenses liées au glyphosate, bien que le montant exact n’ait pas été communiqué. On sait cependant qu’en 2018, l’entreprise a utilisé 38 tonnes de ce produit. Pas non plus d’estimations sur le budget post-glyphosate, car "les évolutions de réglementation en cours et l’avancée de nos projets" peuvent les modifier, indique-t-on à la SNCF. Cette dernière s'attend néanmoins à une augmentation de ses coûts : "notre budget pour le traitement de la végétation va passer de 120 millions à 300 millions, voire 500 millions d’euros", confiait à L'Usine Nouvelle un porte-parole en 2018.

Selon l’association de défense de l’environnement Générations Futures, l’entreprise ferroviaire consomme "entre 50 et 100 tonnes de pesticides par an". Un chiffre certes important, mais une goutte d’eau dans les 68 000 tonnes utilisées dans l’Hexagone en 2018. Quelles alternatives s’offrent alors à la SNCF pour se passer du glyphosate ? "Les produits alternatifs ne doivent pas non plus être problématiques, rappelle l’association. La SNCF peut se servir de géotextiles installés sous les voies, pour empêcher l’herbe de pousser. Elle peut également utiliser le désherbage thermique, qui demande cependant des passages réguliers, et augmente donc les coûts liés à l’entretien".

Utiliser des produits de biocontrôle

La SNCF précise s’être engagée à "développer des produits de biocontrôle en substitution du glyphosate". Ceux-ci sont "le fruit d’investissements en Recherche & Développement et confirmés sur le terrain par SNCF Réseau pendant deux années de tests". Ces solutions à base de substances actives, comme l’acide pélargonique et l’acide acétique, sont d’origines naturelles et peuvent être utiles dans le désherbage, car elles fragilisent la plante. Ces produits "peuvent être suffisants après plusieurs passages, mais il vaut mieux les combiner avec d’autres techniques", explique Denis Longevialle, secrétaire général d’IBMA France, le syndicat des entreprises du biocontrôle.

"On ne peut pas remplacer un produit conventionnel comme le glyphosate par du biocontrôle. Il faut revoir toute la stratégie", ajoute-t-il. Il pourrait par exemple être envisageable d’intervenir en amont, pour empêcher l’herbe de pousser, ou après l’épandage des produits, afin d’enlever les pousses fragilisées. "Avec cette nouvelle approche, il ne sera plus possible d’éradiquer systématiquement toutes les herbes. Il va falloir apprendre à vivre avec elles, tant qu’elles ne mettent pas en danger les installations", conclut Denis Longevialle.

D'autres solutions à l'essai

Quelles sont les autres alternatives ? La SNCF précise piloter "un programme de recherche sur les technologies de rupture" dont l'objectif est "de tendre vers le « zéro phyto » à plus long terme". Grâce à "un marathon de l’innovation, un challenge international étudiants, des projets avec des start-up et des groupes de travail internes", une dizaine de solutions ont été sélectionnées pour de possibles futurs développements. On trouve parmi celles-ci : le désherbage électrique et par ondes, des robots désherbeurs (comme celui présenté par le groupe allemand Bayer, désormais propriétaire de Monsanto... l'inventeur du glyphosate), ou encore de l’ensemencement d’espèces de plantes couvrantes. Autant de possibilités pouvant par exemple être combinées avec l’utilisation de produits de biocontrôle. Questionnée à ce sujet, la SNCF n’a pas souhaité communiquer le nom des entreprises avec lesquelles elle développe ce nouveau type de solutions.

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