Le secteur maritime français se félicite de l’accord sur la décarbonation, mais reste vigilant

L’accord promulgué vendredi 7 juillet par l’Organisation maritime internationale doit permettre de réduire de 20% les émissions de CO2 en 2040 dans le transport maritime. Pour le GICAN et Armateurs de France, c’est une bonne nouvelle si les règles sont claires.

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Navire GNL CMA CGM
Le GNL est une solution transitoire développée par les armateurs comme CMA-CGM pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre.

L’accord international pour décarboner le transport maritime marque une avancée notable dans la réduction des gaz à effet de serre (GES) d’un secteur qui transporte 90% des marchandises mondiales et contribue pour 3% aux émissions de CO2. Cependant, son empreinte carbone pourrait atteindre 17% en 2050 si des mesures fortes pour décarboner les navires ne sont pas mises en oeuvre. Le 80e Comité de la protection du milieu marin (MEPC 80), qui s’est réuni au siège de l’Organisation maritime internationale (OMI) à Londres du 2 au 7 juillet 2023, a débouché sur un accord qui prévoit de réduire d’au moins 20% les émissions de CO2 du secteur en 2030 par rapport à 2008. Et de viser la neutralité carbone autour de 2050 avec des objectifs «indicatifs» intermédiaires d’au moins 70% d’ici 2040.

L’Europe réclamait -29% en 2030 et -83% en 2040 et zéro émission nette en 2050. Mais certains pays, gros exportateurs comme la Chine et le Brésil ne l’entendaient pas de cette oreille.

L’accord prévoit aussi un engagement à utiliser au moins 5% de carburants alternatifs d’ici 2030. La taxe carbone sur le transport maritime, défendue par la France et 70 pays, n’est pas totalement enterrée.

Eviter les distorsions de concurrence

Si les ONG environnementales ont pour la plupart dénoncé le manque d’ambition de cet accord, le secteur maritime français, sur la même ligne que le gouvernement, se félicite des avancées. «C’est une très bonne nouvelle, se félicite Philippe Missoffe, délégué général du Groupement des industries de construction et activités navales (Gican), auprès de L’Usine Nouvelle. Les décisions prises vont dans le bon sens. Nous pensons que ces étapes sont essentielles pour atteindre à terme le net zéro. » Il rappelle que la filière française a rendu sa feuille de route pour la décarbonation au gouvernement début avril avec les mesures technologiques et économiques pour avancer. «Il est important de garder une neutralité technologique car nous ne sommes pas en mesure de dire qu’une technologie fonctionnera mieux qu’une autre. Un très gros navire ne pourra pas fonctionner à l’hydrogène.» Pour revenir à cet accord, le Gican attend tout de même de savoir «comment ces décisions vont se traduire dans les textes et comment les Etats comptent atteindre la neutralité carbone. Si certains pays décident de passer outre et s’il n’y pas de contrôle, cela risque de créer de fait des distorsions de concurrence, car décarboner augmente les coûts», prévient Philippe Missoffe.

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Une taxe carbone en suspens

Du côté d’Armateurs de France, Nelly Grassin ne dit pas autre chose. La responsable environnement, présente aux négociations, insiste sur ce point dans un entretien à L’Usine Nouvelle. «Nous étions favorables à l’instauration d’une taxe carbone défendue par le gouvernement français car plus le dispositif est simple et plus on évite la concurrence déloyale. Nous sommes pour un dispositif contrôlable et mesurable car les intérêts sont tellement divergents.»

L’ambition française est bien d’arriver au zéro émission nette en 2050, même si le vocabulaire employé n’est pas précis. Les ONG environnementales ont regretté le terme «indicatif» mais c’est une stratégie et les mesures contraignantes suivront d’ici à 2025 pour une mise en application en 2027. Ce qui laisse peu de temps pour atteindre les objectifs intermédiaires de 2030.

Du côté d’Armateurs de France, on demande aussi que « tous les gaz à effet de serre soient pris en compte, du puits au sillage. Pour nous c’est essentiel par honnêteté intellectuelle et pour éviter les risques de double comptage. »

Maintenant la question est de savoir «quels arbitrages seront pris par le gouvernement pour les biocarburants – il n’y en aura pas pour tout le monde - et les aides. Il faudrait 15 à 20 milliards d’euros sur les dix prochaines années pour renouveler 90% de la flotte française», précise Nelly Grassin.

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