Bruno Bonnell est un croyant professionnel. Il croit en Dieu. Il croit en la technologie. Il croit surtout en l'innovation. « Depuis trente ans, j'ai une passion sincère pour la science et sa capacité à améliorer la vie des gens », lance - t-il à peine l'interroge-t-on sur l'image de grand communicant, pour ne pas dire d'excellent vendeur, qui le précède. Mais il le reconnaît : il est plus technologue que technicien. Ce Lyonnais, né à Alger en 1958 et arrivé en France à huit ans, s'est en effet détourné de ses études de mathématiques et de chimie pour décrocher une maîtrise d'économie appliquée, à l'université Paris Dauphine en 1982. Elle le mènera chez Thomson pour commercialiser pendant quelques mois le premier ordinateur personnel français. Le temps d'écrire, avec son ami Christophe Sapet, « Pratique de l'ordinateur familial ». Les droits d'auteurs leur permettront de constituer le capital pour créer, dès 1983, l'éditeur de jeux vidéo Infogrames. L'entreprise atteindra les sommets de la Bourse et deviendra Atari en 2003, suite au rachat de la célèbre marque américaine.
Avec la même équipe, en 1995, il fonde Infonie, le premier fournisseur d'accès internet en France. Son aventure d'entrepreneur sera tumultueuse. En 2007, il est débarqué d'Atari. Mais il préfère raconter qu'il est parti car le conseil d'administration ne croyait pas en son plan Atari 2015, qui misait sur les jeux en ligne et - déjà - la robotique. Bruno Bonnell n'aime pas que l'on ne croie pas en lui. Qu'importe. Lui croit... en son intuition. « C'est un visionnaire, un homme qui a des croyances et une incroyable fertilité d'esprit, confirme Frank Riboud, le PDG de Danone. Je l'ai invité au conseil d'administration du groupe, parce qu'il pose toujours de bonnes questions, qu'il réfléchit hors des modes et sans chercher la polémique. »
Une filière d'avenir
En revanche, Bruno Bonnell ne croit pas aux études de marché. Alors, en 2006, avant même d'avoir quitté Atari, pour valider le potentiel de la robotique, il a mis la main sur l'unique distributeur de robots personnels en France : Robopolis, qui tenait boutique à Paris, boulevard Beaumarchais. Cinq ans plus tard, l'entreprise réalise un chiffre d'affaires de 17 millions d'euros et dispose de dizaines de points de vente.
Mais vendre 150 000 robots aspirateurs en 2011, contre 1 000 en 2006, ne lui suffit pas. Il est persuadé que la robotique de service est une filière d'avenir pour la France. Et il veut en convaincre les autres. Pour y parvenir, tous les moyens sont bons. En 2007, il fédère la plupart des industriels français du secteur dans l'association Syrobo. En 2010, il publie « Viva la Robolution », pour exposer ses arguments. En 2011, via Syrobo, il lance un salon international, Innorobo, à Lyon. L'édition de cette année a comme invité d'honneur la Corée du Sud. « Bruno Bonnell s'est donné comme mission d'être le Monsieur Robotique français. C'est bien qu'il y ait des gens fédérateurs pour la filière », observe Vincent Dupourqué, le PDG de Robosoft installé à Bidart (Pyrénées-Atlantiques), qui n'est pourtant pas membre de Syrobo !
Bruno Bonnell ne se contente pas d'animer. Il veut participer. En avril 2011, il fonde Awabot, une start-up qui développe les jeux du futur. Des robots, bien sûr ! « Je ne sais pas exactement ce qu'ils seront, dit-il, mais ils ringardiseront la Playstation. » Il a aussi investi dans POB Technology, fondé en 2005 par Pierre Seguin. L'entreprise a déjà vendu 3 000 kits robotiques à l'Éducation nationale... pour former la future génération de roboticiens. « Il faut un plan robotique, s'exclame-t-il, comme dans les années 1980 il y a eu un plan informatique avec des clubs dans tous les lycées ! » De l'argent pour investir est aussi nécessaire. Mais pas le sien. Il s'est essayé au rôle de business angel ! Ce fut une catastrophe. « Je n'ai pas l'ADN pour cela. Je ne pouvais m'empêcher d'intervenir », reconnaît-il. Pour gérer le fonds Robolution Capital de 60 millions d'euros qu'il est en train de constituer, il s'est associé à Orkos Capital et à la Caisse des dépôts. Objectif : injecter entre 300 000 et 3 millions d'euros dans des entreprises de robotique de service mais aussi industrielle. Il en a déjà repéré 450 en Europe. De quoi entamer la collection de robots dont il rêve. « À la fin de ma vie, songe Bruno Bonnell, je m'imagine bien en entomologiste de "robaux". Comme chez les animaux, il y en a une multitude d'espèces. »
« Je l'ai invité au conseil d'administration du groupe, parce qu'il pose toujours de bonnes questions, qu'il réfléchit hors des modes et sans chercher la polémique. »
Devises « Le temps est à moi », pour sa vie personnelle ; « Plus loin ensemble » car « seul, professionnellement, on ne va nulle part ». Passions L'humain, la terre, les minéraux, les arbres, l'espace, les météorites... mais surtout la cuisine, « parce que c'est musical, artistique .» Conscience Ses trois fils, sa petite-fille, celle qui va naître ... et Balthazar, décédé en 2011 à six ans et demi de leucodystrophie métachromatique. « Ses handicaps le rendaient si radieux. Il m'a permis de prendre du recul. »




