"Le secteur de la robotique en France a un grand potentiel"

Bruno Bonnel, ancien PDG d'Atari et dirigeant actuel de Robopolis à Lyon, lance dans les prochaines semaines un fonds d'investissement spécialisé dans la robotique. Grâce à un partenariat avec Orkos Capital et la participation de la caisse des dépôts, il pourra injecter entre 300 000 et 3 millions d'euros dans la filière. Explications.

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L'Usine Nouvelle - Pourquoi créer un fonds d'investissement uniquement dédié à la robotique ?
Bruno Bonnel - Le secteur de la robotique en France a un grand potentiel, mais est en manque de capitaux propres. En travaillant avec Awabot ou POB Technology, j'ai découvert la difficulté de mettre en place des plans d'investissement.

Selon l'International Federation of Robotics, le marché de la robotique pourrait être multiplié par trente d'ici 2020. En France, nous avons de bons centres de recherche et quelques start-ups qui se battent. Mais ces entreprises manquent de moyens. Contrairement à la filière du logiciel, la robotique exige des investissements lourds et nécessite donc des fonds propres. Or les structures capitalistiques actuelles ne sont pas orientées vers ce thème.

J'ai voulu créer le premier fonds sectoriel consacré à la robotique de service. Cette structure sera destinée à soutenir tout type d'entreprise, des composants aux logiciels pour robots.

Bruno Bonnel, PDG de Robopolis.

Existe-t-il actuellement un tissu d'entreprises en France dans lequel vous pourriez investir ?
Nous avons déjà identifié 450 entreprises potentiellement intéressées, au niveau européen. Environ un tiers d'entre elles sont en France. Nous avons déjà visité une trentaine de sociétés. C'est un cercle vertueux, nous découvrons de nouvelles entreprises en permanence.

Nous sommes toujours aujourd'hui en recherche de dossiers. Nous comptons investir sur une trentaine de projets. Cela devrait donner moyen aux sociétés concernées de s'exprimer. J'espère que d'autres fonds s'intéresseront au secteur.

Souhaitez-vous investir dans un type de projet en particulier ?
Nous cherchons vraiment à soutenir la filière, sans se limiter. Je pense que des choses très originales vont émerger, je ne souhaite pas restreindre les possibilités à certains types de projets.

Quelles sont les différences entre votre fonds d'investissements et les autres déjà présents sur le marché ?
Nous sommes un fonds sectoriel, focalisé uniquement sur la robotique. Nous sommes donc positionnés sur une filière en devenir, en amont de la vague. Enfin, nous misons sur la complémentarité entre les compétences de gestion, grâce à notre partenariat avec Orkos Capital, et mon expertise historique dans le secteur technologique.

Quelles sont les prochaines applications de la robotique qui vont se démocratiser?
Les applications domestiques sont en avance aujourd'hui. Nous voyons actuellement beaucoup de choses bouger dans le domaine agricole. L'essor du bio entraîne un développement de l'utilisation de robots dans les champs, ou dans des étables par exemple. Parmi les autres domaines intéressés par la robotique actuellement, on trouve le transport, ou le médical. Chez les patients pour suivre leur état de santé, mais également dans les salles d'opération.

Je reste général, mais c'est une spécificité du secteur. Si la robotique va connaître une forte croissance, c'est grâce à ce qu'on appelle la croissance 3D. D comme district, territoire : la croissance est à l'échelle mondiale. D comme domaine : tous les secteurs sont concernés. Et enfin D comme device : les robots spécifiques se multiplient. La croissance de la robotique a lieu dans toute les directions en simultané.

Il est donc difficile de donner des priorités dans les futurs usages. L'évolution de la technologie règle les problèmes pour plusieurs domaines en meme temps. Par exemple, si on découvre un moyen efficace de se déplacer sur un terrain non carrossable, c'est utilisable dans un champ, mais aussi sur la lune.

Quelles sont les passerelles entre robotique de service, à destination des particuliers, et robotique industrielle?
Les sociétés qui produisent des robots industriels peuvent passer à la robotique personnelle. Ils ont les compétences, et je pense que cela va arriver. Comme les géants des débuts de l'informatique, qui se sont mis à fabriquer des PC.

Mais le plus intéressant est ailleurs. Je vois surtout arriver un changement de mentalité. Aujourd'hui dans l'industrie, on considère le robot comme un élément d'une chaîne. Alors que le robot de service, à l'image de l'aspirateur Roomba, sont autonomes. Des robots industriels pourraient devenir plus autonomes, plus multi-tâches. Avec cette évolution, on ne parlerait plus d'infrastructure pour un robot, mais de mobilité. On peut imaginer qu'on sorte du taylorisme dans l'utilisation de la robotique, et qu'on avance vers plus de subtilité, plus de sur-mesure.

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