Pochet du Courval, la branche flaconnage du groupe familial Pochet, installé à Hodeng-au-Bosc (Seine-Maritime) avec 1 400 salariés, a annoncé le 12 mai qu’il engageait un investissement compris entre 22 et 30 millions d’euros pour électrifier l’un de ses trois fours de fusion alimentés au gaz. Ces fours, très énergivores, fondent à une température de 1 600 degrés les matières premières constitutives du verre (sable, chaux, soude).
Ce four électrique s’inscrit dans le plan de décarbonation du verrier, fortement émetteur de CO2 du fait de sa consommation de gaz et de sa matière première émettrice de CO2 à la fusion. « Notre four numéro 2 sera opérationnel fin 2024. Ce sera le premier four électrique français dédié au flaconnage de luxe » a annoncé Benoit Marszalek, directeur industriel de Pochet du Courval, qui produit un million de flacons par jour - pour LVMH, L’Oreal, Estée Lauder, Chanel, Hermès, Puig - et réalise 204 millions d’euros de chiffre d’affaires annuel. « Ce four électrique va nous permettre de produire un verre grandement décarboné » a ajouté le dirigeant.
Outre l’électrification de ses fours, Pochet du Courval joue sur différents leviers pour son décarboner son activité, en proposant notamment à ses clients une gamme de verre contenant 15% de recyclé. Il a, en outre, mis en place des outils de pilotage très fins pour sa consommation énergétique, l’usine consommant 255 gigawattheures de gaz par an, l’équivalent de la ville voisine d’Abbeville (25 000 habitants).
Pour structurer sa démarche de décarbonation, il fait appel à Carbone 4 - cabinet de conseil en stratégie climatique - et pour évaluer sa faisabilité et sa pertinence, il travaille avec l’Ademe et sa méthode ACT (assessing low-carbon transition).
Forte demande des Etats-Unis et de la Chine
Le premier employeur de la Vallée de la Bresle - pôle mondial de flaconnage de luxe entre Seine-Maritime et Somme - dit faire face à une "demande explosive" de la part des Etats-Unis et de la Chine. La parfumerie reste de loin son premier marché, avec 80% de l’activité, devant le soin (28%) et le maquillage (2%).
L’annonce de Pochet du Courval n’est pas sans rappeler celle de son concurrent, Verescence, situé à trente kilomètres dans la même Vallée de la Bresle. Le 8 février, le groupe détenu par le fonds britannique Stirling Square Capital avait annoncé l’électrification progressive de [ses] sept fours de fusion dans le monde, dont trois se trouvent dans son usine de Mers-les-Bains (Somme) qui produit 550 000 flacons par jour avec 800 salariés, pour Estée Lauder, LVMH ou encore L’Oréal. Ses fours fonctionnent à l’oxygène-gaz pour le premier, au gaz pour le second et au fuel pour le troisième. « Notre four numéro 1 de l’usine de Mers-les-Bains sera le premier du groupe à bénéficier de cette technologie (de l’alimentation électrique) en 2025 » avait déclaré le groupe. Sans toutefois préciser le montant de l’investissement.





