"La question est de savoir comment l’Europe pèsera demain face aux Etats-Unis dans l’aérospatiale et, après-demain, face à la Chine qui monte en puissance grâce à des moyens colossaux". Eric Trappier ne cache pas son inquiétude en ce début d’année. A l’occasion des vœux adressés à la presse jeudi 10 janvier, le patron du Groupement des industries françaises aéronautiques et spatiales (Gifas), également PDG de Dassault Aviation, a dit craindre que les industriels européens ne se retrouvent peu à peu mis sur le banc de touche. Pris en étau entre "l'agressivité" américaine et les ambitions chinoises.
Exemple méconnu de cette Europe de l’aéronautique qui devient moins audible : l’amoindrissement de sa position au niveau de l’Organisation de l'aviation civile internationale (OACI), l’organisme qui établit les standards de l’aviation. "Il y a une bagarre aujourd’hui entre les Etats-Unis et la Chine, a appuyé le dirigeant. Le secrétaire général de l’OACI est aujourd’hui une Chinoise. On aurait aimé que le président soit un Européen, mais les élections vont bientôt avoir lieu et le candidat français a été retoqué. On sent bien dans cette bataille que les Européens ne sont pas mobilisés autant que les Américains. Or c’est la définition des standards qui permettra aux industriels de faire la différence demain. On ne voudrait pas que les discussions ne se fassent exclusivement qu’entre Américains et Chinois."
Eric Trappier appelle d’ailleurs la Commission européenne à se mobiliser au niveau mondial. "On voudrait que l’Europe ne regarde pas seulement les problématiques concernant les pays au sein de l’Europe, mais pèse également dans le reste du monde. Je veux une Europe qui pèse." Et pas seulement en matière réglementaire : selon lui, l’absence de projets en Europe d’avions supersoniques, par ailleurs portés par plusieurs acteurs américains, s’expliquent par les contraintes environnementales actuelles ne permettant plus l’essor de ce type d’appareil.
La souveraineté européenne en jeu

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L’inquiétude d’Eric Trappier de voir l’Europe jouer les seconds rôles dépasse le cadre de l’aviation civile. Une nouvelle fois, le patron du Gifas a plaidé pour la préférence européenne en matière spatiale, qui permettrait de privilégier les lanceurs européens, comme les Ariane 5 et 6 ainsi que la fusée Véga C. "Il n’y a toujours pas vraiment de préférence européenne, c’est le marché qui joue, a regretté Eric Trappier. Aujourd’hui encore, trois quarts des satellites allemands sont lancés par Space X, pas par Ariane. Les Etats-Unis financent de nombreux lancements, l’Europe ne pourrait-elle pas en faire autant ? Elle doit donner une ligne claire. Si l’Europe ne se mobilise pas rapidement, cela va devenir compliqué, y compris pour trouver des accès à l’espace de demain."
Idem en matière de défense. Malgré la création récente d’un fonds européen de la défense et le coup d’envoi donné au Système de combat aérien du futur (SCAF), l’Europe de la défense reste encore très embryonnaire. "Nous faisons face depuis l’arrivée de Donald Trump à une Amérique très dynamique dans le domaine civil, militaire et spatial, a résumé Eric Trappier. L’année électorale ne va pas arranger les choses. Le danger, c'est une Europe qui ne s’intéresse plus à sa souveraineté. J’espère que le nouveau Parlement sera volontariste."





