Le secteur de la construction et du bâtiment vise le statut de filière d’excellence. Le 1er décembre a été signé un accord-cadre entre le comité stratégique de filière Industries pour la construction (CSF ICP), l’Association française des industries des produits de construction (AIMCC), le Cercle Promodul, le Club de l’amélioration de l’habitat, l’institut Matériaux et équipements pour la construction durable (MECD), Agyre, et le pôle de compétitivité Fibres-Energies. Avec pour objectif commun de mieux répondre aux trois enjeux de la décarbonation, de la compétitivité et de l’attractivité, par le déploiement de projets structurants dans des domaines comme l’économie circulaire, la numérisation, l’innovation dans les procédés et les matériaux, ou encore l’emploi et les compétences.
A fond sur la transition écologique
L’enjeu de la décarbonation est essentiel pour un secteur qui représente environ 20% des émissions de gaz à effet de serre et dont la feuille de route préconise une réduction de 40% des émissions d’ici à 2030. Benoit Bazin, président du CSF IPC et directeur général de Saint-Gobain, souligne qu’il faudra en particulier "multiplier par sept, le nombre de rénovations énergétiques très performantes pour atteindre 500 000 rénovations par an". Le parc de bâtiments en France est très énergivore et se classe parmi les plus grands émetteurs de CO2, avec l’industrie et le transport.
Pierre-Etienne Bindschedler, vice-président du CSF IPC et PDG de Soprema France, insiste sur l’importance de travailler en amont et de "produire des matériaux à bas carbone". "Il existe des feuilles de route pour le ciment, l’acier et le verre, qui représentent 80% du CO2 lors de la construction", rappelle-t-il. Et d'estimer qu’"il faut travailler sur tous les matériaux pour les rendre bas carbone, via des biomatériaux ou par le recyclage". Ce dernier point implique aussi, en aval, de mettre en place des filières sur le tri, la collecte et le recyclage des matériaux aussi bien pour les opérations de déconstruction que pour valoriser les déchets de fin de chantier. Un projet sur lequel travaille l’éco-organisme Valobat.
Passage au numérique
Les enjeux de circularité et d'écoconception rejoignent aussi celui de la compétitivité. D’autant plus dans un secteur composé de 600 000 entreprises, mais où 98% recensent moins de 20 salariés. Digitalisation et numérisation sont des pistes prioritaires. Une étude de filière de 2019 estime qu'il serait possible d'"économiser 20 milliards d’euros par an, soit 15% du coût de construire" grâce aux nouvelles technologies, assure Pierre-Etienne Bindschedler. D'après lui, le défaut de digitalisation a pesé sur le secteur de la construction, qui a nettement perdu en compétitivité par rapport à l’industrie ces 25 dernières années. Il insiste sur l’importance du recueil et de l’utilisation des données pour améliorer tous les segments "pour faire mieux et plus vite", réduire les temps de construction et "simplifier l’acte de construire", comme avec le recours à plus de produits pré-assemblés.
Bien sûr, ces transformations ne pourront pas s'engager sans nouvelles compétences. D'où la nécessité de rendre la filière plus attractive. Les parties prenantes font état de besoins dans tous les domaines. "Plus de 100 000 emplois ont été créés dans le secteur ces 12 derniers mois", indique toutefois Benoit Bazin. Mais "près de 240 000 emplois seront nécessaires d’ici à 2030, dans tous les corps de métiers", ajoute-t-il. Il évoque des "emplois attractifs, modernes et innovants", citant des électriciens, des plaquistes, des "diagnostiqueurs et data scientists". Soit des métiers encore mal identifiés dans le secteur, mais portés par les avancées technologiques comme la construction modulaire hors site, la fabrication additive et l’intelligence artificielle.





