Après le tremblement de terre qui a secoué Taïwan le 3 avril dernier, l’heure est au bilan chez TSMC. L’impact s’annonce mineur tant sur les finances du plus gros fondeur mondial de semi-conducteurs que sur la chaine logistique mondiale.
Ce tremblement de terre, le plus sévère de ces 25 dernières années, a été d’une magnitude de 7,2 sur l’échelle de Richter à son épicentre au large de Hualien, sur la côte Est de Taïwan. Mais sur les sites industriels de TSMC dans l’ile, l’intensité a été de 5. TSMC a immédiatement activé ses protocoles de sécurité, arrêté la production et évacué le personnel de ses usines. Le groupe ne déplore aucune victime parmi son personnel.
Aucun dommage matériel
Selon le cabinet TechInsights, les industries sensibles à Taïwan comme celles des semi-conducteurs et des écrans plats, disposent de protocoles de sécurité éprouvés et d'une longue expérience dans la gestion de catastrophes naturelles qui leur permettent de bien résister aux tremblements de terre. TSMC affirme ainsi avoir recouvré 70% de sa production dix heures après le tremblement de terre et 100% trois jours après. «Il n’y a eu aucune coupure de courant, aucun dommage structurel dans nos usines et aucun dommage à nos équipements critiques, y compris tous nos outils de lithographie EUV», précise Wendell Huang, directeur financier du groupe, lors de la présentation des résultats du premier trimestre 2024 le 18 avril.
Un certain nombre de plaquettes de puces en cours de traitement lors du tremblement de terre ont cependant été endommagées et mises au rebut. Mais la direction assure que la production perdue sera rattrapée au deuxième trimestre 2024 en faisant travailler plus longtemps que d’habitude le personnel de façon à minimiser les perturbations des livraisons aux clients. Wendell Huang estime l’impact financier à 50 points de base sur la croissance des marges au deuxième trimestre 2025, soit environ 90 millions de dollars selon les calculs de L’Usine Nouvelle. Une goutte d’eau en comparaison du chiffre d'affaires de 19,6 à 20,4 milliards de dollars attendu par la direction pour le deuxième trimestre 2024.
Concentration de la production à Taïwan
Selon le cabinet Counterpoint, Taïwan détient 68% du marché de la fonderie de puces, c’est-à-dire de la fabrication en sous-traitance de circuits conçus par les clients. TSMC truste à lui seul 61% du pactole. Or il assure le gros de sa production à Taïwan avec onze usines de fabrication de plaquettes de puces et cinq usines d’assemblage et d’encapsulation de composants réparties sur les sites de Hsinchu, Tainan, Taichung, Taoyuan et Miaoli. C’est pourquoi chaque catastrophe naturelle à Taïwan soulève de vives inquiétudes dans la chaine logistique mondiale.
Cette question se pose tout particulièrement pour les puces dédiées à l’IA. TSMC fabrique tous les processeurs GPU de Nvidia et AMD utilisés dans l’entrainement et l’inférence des modèles d’IA dans les datacenters et le cloud. Or depuis l’été 2023, ces composants critiques connaissent de fortes tensions d’approvisionnement du fait des limites des capacités d’encapsulation de puces chez TSMC. Selon C.C Wei, directeur général du groupe, l’activité de fabrication de puces IA devrait croître de 50% par an au cours des cinq prochaines années, faisant passer son poids dans le chiffre d’affaires de TSMC de 14% en 2024 à 20% en 2028.
Des mégafabs en projet aux Etats-Unis, en Europe et au Japon
Pour améliorer sa résilience face aux catastrophes naturelles et sécuriser davantage sa chaîne logistique, TSMC s'est engagé dans la relocalisation d'une partie de sa production avec des projets de mégafabs aux Etats-Unis, au Japon et en Europe. Il est encouragé dans cette démarche par de généreuses subventions publiques dans le cadre des "Chips Act" de ces régions. Mais son activité d'assemblage et d'encapsulation restera entièrement localisée à Taïwan. Du moins dans un futur proche.





