"Arianespace surmontera la concurrence de SpaceX", affirme Stéphane Israël

Le PDG d’Arianespace, Stéphane Israël, estime que son nouveau concurrent américain SpaceX, qui a réussi le lancement de sa fusée Falcon 9, a encore tout à démontrer avant d’inquiéter Ariane.

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L'Usine Nouvelle - Arianespace craint-il la concurrence de SpaceX ?

Stéphane Israël - Chaque nouveau compétiteur constitue un défi pour Arianespace et doit nous inciter à toujours mieux servir nos clients. Il y a quelques années, nous avons été inquiétés par le lanceur russe Proton, qui cassait les prix. Nous avons surmonté cette concurrence. Nous surmonterons celle de SpaceX. Arianespace dispose d’atouts majeurs. Avec 57 lancements réussis d’affilée, le lanceur européen est le plus fiable au monde. Son second atout est sa disponibilité. Nous avons procédé au douzième lancement consécutif au début de la fenêtre de tir. C’est un indicateur très fort de qualité. Pour nos clients, Ariane 5 est, et restera, la solution la plus sûre pour arriver en orbite au moment voulu.

Cette concurrence pèse-t-elle déjà sur votre activité ?

SpaceX est vraiment actif commercialement sur le segment d’Ariane 5 depuis environ deux ans. Nous sortons toutefois de la période virtuelle. Après plusieurs reports, son nouveau lanceur Falcon9 v1.1 a effectué un vol de démonstration plaçant en orbite basse une charge utile de 500 kg le 29 septembre. Quoi qu’il en soit, Falcon 9 mettra plusieurs années à démontrer sa fiabilité. Quant à sa disponibilité, la question est de savoir s’il tiendra ses objectifs d’augmentation de cadence de lancement. De trois lancements annoncés en 2013, SpaceX affirme en réaliser 14 en 2014 ! Jamais dans l’histoire de l’espace, une telle marche n’a été franchie par quiconque. Qui plus est, SpaceX aura des arbitrages à faire entre son premier client institutionnel, la Nasa, et ses clients commerciaux.

SpaceX est moins cher, avec un prix de lancement d’environ 60 millions de dollars, soit près de 44,5 millions d’euros…

Si à un moment donné, nous avons des logiques de prix à adapter entre les petits et les gros satellites, nous les regarderons en fonction de la concurrence. Tout comme les enjeux de coûts. Ce qui est clair, c’est que l’on aura du mal à baisser les coûts d’un prochain lanceur en gardant le même schéma industriel. Ce sera de la responsabilité de l’Agence spatiale européenne (ESA) de créer les conditions industrielles pour rendre possible une compétitivité-coût accrue : c’est le défi d’Ariane 6. Mais à travers nos efforts de compétitivité durable sur Ariane 5, nous n’attendons pas pour agir. Comme le souhaitait Arianespace, l’ESA a, avec le soutien du gouvernement français, pris la décision d’augmenter la taille de la coiffe d’Ariane 5. Cela offrira à nos clients des solutions de lancement plus amples.

Un grand opérateur privé de satellites a critiqué la configuration d’Ariane 6, notamment son manque de modularité. Faut -il revoir la copie et accélérer le calendrier ?

L’ESA a écouté les clients institutionnels et commerciaux, et elle va continuer de le faire. Arianespace est associée aux réflexions en cours et je donnerai à mes actionnaires et à l’agence des éléments et ma vision sur le marché qui leur permettront, s’ils le souhaitent, d’affiner ce calendrier. En tant que patron d’Arianespace, je tiens compte du calendrier et des décisions prises à la réunion ministérielle de Naples de 2012 : Ariane 6 doit arriver au début de la prochaine décennie, après une évolution d’Ariane 5, avec Ariane 5 ME.

Face à la concurrence actuelle, quelles sont vos parts de marché ? Quel est le niveau de votre carnet de commandes ?

Arianespace a engrangé avec Ariane 5 un nombre record de contrats en 2013 : 12 ont déjà été signés, et nous avons été sélectionnés par le Brésil pour un satellite institutionnel. Cela représente plus d’un milliard d’euros et 62% du marché, un niveau jamais atteint à la même période depuis plus de 15 ans. Le carnet de commandes total s'élève pour les trois lanceurs à plus de 4 milliards d'euros. Les perspectives sont bonnes. Les pays émergents se dotent de solutions satellitaires comme l'Azerbaïdjan et le Qatar cette année. Et nous avons beaucoup de prospects qui devraient aboutir dans la gamme des petits satellites d’environ 3 tonnes.

Envisagez-vous de nouveaux investissements sur Kourou ?

Depuis 2012, nous devons faire vivre notre gamme de trois lanceurs : Ariane 5, Soyouz et Vega. Cela nous donne la possibilité d'envoyer tout type de satellites sur tout type d'orbite à tout moment. Pour cela, j'ai besoin d'être en capacité de faire le maximum de lancements possible depuis le centre spatial guyanais, qui accomplit un travail remarquable. Nous avons le carnet de commandes nécessaire pour faire 6-7 lancements Ariane 5, 3 Soyouz et 3 Vega par an en moyenne. Ce serait un rythme de croisière satisfaisant. Des investissements de quelques millions d'euros pourraient être nécessaires sur la base pour gagner en souplesse face aux aléas inhérents à notre activité et augmenter la capacité d’accueil des satellites. On a également des objectifs de réductions des durées de campagne Soyouz et Vega sur lesquelles nous sommes encore en période d'apprentissage.

A quels besoins répond la commande de 18 Ariane 5 supplémentaires passée l’été dernier auprès d’Astrium ?

Venant de l'industrie, je sais qu'il ne faut pas interrompre les chaines de fabrication Mais surtout, je commence à prendre des commandes de satellites qui vont au-delà de la capacité des 20 Ariane 5 en cours de production. Cette commande permet de préparer les années 2017-2019. Le contrat sera finalisé en décembre et portera sur plus de 2 milliards d'euros. C’est un acte de confiance dans l’avenir !

Propos recueillis par Hassan Meddah

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