Des investissements industriels relevés de 45%, pour atteindre 16 milliards d’euros, par rapport au précédent plan stratégique, Neos. C’est ce que prévoit Air Liquide dans sa nouvelle feuille de route, baptisée Advance, et qui s'étendra entre 2022 et 2025. Au-delà de l’accélération du rythme des investissements, le plus marquant est la volonté du groupe de consacrer la moitié de ces efforts aux projets liés à la transition énergétique. Lors de la présentation d’Advance, mardi 22 mars, François Jackow, directeur général adjoint appelé à devenir directeur général au 1er juin, a souligné que « la valeur du marché de la décarbonation de l’industrie représente probablement dix fois celle du marché actuel des gaz industriels ». Ce qui marque une vraie opportunité de croissance et de manière durable.
Les projets de transition énergétique vont se concentrer dans les domaines de l’hydrogène et de la grande industrie, le grand métier d’Air Liquide, pour la production et la fourniture de gaz directement sur de grands sites ou à proximité de grands bassins industriels. Le groupe tricolore mise sur trois grandes solutions : la fourniture de gaz industriels bas carbone, comme l’hydrogène, l’oxygène et l’azote, la collaboration avec ses clients pour transformer les procédés, en particulier dans les secteurs de la sidérurgie, de la chimie et du raffinage, et le développement du captage et stockage de CO2. Cette dernière solution est dévolue aux industries les plus émettrices de CO2, mais qui ne peuvent pas changer leurs procédés.
Baisse des émissions en valeur absolue
Produire et fournir de l’oxygène et de l’azote bas carbone relève surtout des propres efforts d’Air Liquide. Engagé pour la neutralité carbone à partir de 2050, avant une première étape de réduction de 33% à partir de 2035, le groupe cible désormais une baisse de ses émissions en valeur absolue. Ce qui a été observé pour la première fois entre 2020 et 2021. La mission principale pour Air Liquide est de travailler sur « l’efficacité de [ses] propres unités de production pour consommer moins d’énergie pour les mêmes volumes de production », explique François Jackow. Les unités de séparation des gaz de l’air ne sont pas en tant que telles émettrices de CO2, sauf de manière indirecte via leur consommation d’énergie.

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Ce qui n’est pas le cas de l’hydrogène, dont la très grande majorité est produite à partir de reformage de méthane à la vapeur (procédé SMR), un process plus économique, mais qui rejette beaucoup de CO2. Sur le sujet, le groupe s’appuie sur ses compétences couvrant l’ensemble de la chaîne hydrogène, pour avancer ses pions. Sur le versant production, Air Liquide dispose depuis 2015 de sa solution Cryocap, unité implantable sur une unité SMR pour capter le CO2 et le valoriser, en particulier dans l’agroalimentaire. Surtout, la société continue de se développer dans l’hydrogène vert avec désormais en vue, une usine normande de 200 MW.
Ecosystèmes d'hydrogène et de décarbonation
Sur le versant de l’utilisation, Air Liquide parie essentiellement sur la mobilité. « Les transports représentent 25% des émissions », rappelle François Jackow, qui vise les « transports lourds, où l’hydrogène à un rôle clé à jouer ». « Nous sommes leader dans la production, la liquéfaction, et la distribution d’hydrogène, il faut maintenant créer les écosystèmes », juge-t-il. Ces écosystèmes allient production d’hydrogène bas carbone, mise à disposition d’hydrogène pour la mobilité et pour décarboner des sites industriels, ainsi que pour le déploiement de solutions de captage, de stockage et de séquestration (CCS) de CO2.
Pour ce développement d’écosystèmes, Air Liquide compte s’appuyer sur des partenaires. C’est le cas déjà pour le projet de décarbonation de l’axe Seine, où il est entouré de TotalEnergies, Yara, Borealis et ExxonMobil. Le groupe a aussi dévoilé un protocole d’accord avec l’italien ENI pour « identifier des bassins regroupant des industries parmi les plus émettrices de CO2 » autour de la Méditerranée et définir « les solutions les plus adaptées pour déployer un programme de CCS à grande échelle », selon un communiqué. L’hydrogène sera un des fers de lance de la croissance d’Air Liquide et de la tenue de ses engagements de neutralité carbone. Le groupe avait annoncé l’an dernier un plan d’investissement de 8 milliards d’euros sur le sujet jusqu'en 2035. En termes de chiffre d’affaires, l’ambition est de passer de 2 milliards d’euros annuel actuellement, à environ 6 milliards d’euros d’ici à 2035.
Electronique, santé, spatial et industriel marchand
Le plan stratégique Advance dresse aussi d’autres priorités de croissance. Air Liquide liste plusieurs marchés porteurs qui vont nourrir les investissements : celui de l’électronique, avec le développement de ses solutions de gaz de très haute pureté pour les producteurs, mais aussi celui de la santé et en particulier des solutions de santé à domicile - sachant que le groupe répond déjà aux besoins de 1,8 million de patients dans le monde. Sans oublier le spatial, qui se développe avec l’arrivée d’acteurs privés, enclenchant l’augmentation de la demande en gaz pour la propulsion de lanceurs et de satellites et des besoins de décarbonation de ces gaz.
Enfin, Air Liquide investira dans sa division Industriel marchand (gaz en bouteille), qui représente 45% de son activité et où se trouve « un foisonnement d’opportunités, évaluées à 10 milliards d’euros à l’horizon 2025 », relève François Jackow. Le dirigeant cite en particulier l’émergence d’une industrie européenne des batteries automobiles et des véhicules électriques. Pour la fabrication de ce type de véhicules, il faut 45% de gaz industriel en plus que pour une voiture classique, chiffre Air Liquide.
Tous ces projets et ambitions d’Advance pour la croissance du groupe seront encadrés par des paramètres de performance financière élevés. Air Liquide veut accélérer la progression de ses ventes annuelles de 4%, à une moyenne de 5% à 6% par an jusqu’en 2025, et vise une rentabilité des capitaux employés supérieure à 10% dès 2023. Pour ce plan, la direction générale suivra les fluctuations des prix de l’énergie et des tensions géopolitiques, mais ne se montre pas inquiète. Benoît Potier, le PDG, affirme que malgré les crises comme celle du Covid-19 ou depuis peu le conflit en Ukraine, « le groupe a largement démontré sa capacité de résilience et d’adaptation à un environnement changeant ».





