L’électronique française ne va décidément pas bien. Alors que le fabricant de semi-conducteurs STMicroelectronics est engagé dans un plan de départs volontaires, son cousin Soitec envisage lui de recourir l’activité partielle pour une période de six mois. Elle devrait courir du 17 novembre au 15 mai 2026, si l’accord en cours de négociation entre la direction du fabricant de substrats électroniques, implanté à Bernin près de Grenoble (Isère), et les représentants syndicaux est signé à temps.
«L’accord prévoit quatre semaines de chômage pour les personnes en production, soit une réduction d’activité de 16% sur les six mois, avec la possibilité pour la direction de monter au maximum jusqu’à 8 semaines de chômage, soit 30% de baisse d’activité», détaille Kamel Mouhad, secrétaire du CSE et délégué syndical CGT chez Soitec. Un plafond inférieur à celui prévu par la loi, qui permet à l’entreprise de monter jusqu’à 40% de réduction d’activité dans le cadre d’une Activité Partielle de Longue Durée Rebond (APLD-R), le dispositif que sont en train de négocier les syndicats et la direction de Soitec. «Pour les personnes des autres services, la baisse d’activité serait d’une ou deux semaines», poursuit Kamel Mouhad. Selon les informations données par la direction du groupe, le site de Bernin compte 1700 salariés dont 900 environ en production.
Des stocks à résorber sur le marché des smartphones
La CGT comme la CFE-CGC saluent les autres contreparties négociées : un maintien du salaire net à 90% et l’engagement de la direction de ne procéder à aucun licenciement économique jusqu’au 31 septembre 2026. Si les syndicats ne signent pas l’accord, «il y aura quoi qu’il en soit du chômage partiel», reconnaît Kamel Mouhad. Dans ce cas-là, c’est le maintien minimum légal de salaire qui s’imposera, moins avantageux que ce qui a été négocié, estiment les syndicats.
Comment Soitec en est-il arrivé là ? «Cette réduction d’activité a deux motivations principales : les difficultés du secteur automobile qui impactent le marché des semi-conducteurs et un problème de stocks à résorber sur le marché des smartphones et des télécommunications, qui croît moins vite qu’escompté et qui représente une grosse partie de notre chiffre d’affaires», explique Vivien Renauld, délégué syndicat CFE-CGC chez Soitec. Contacté par L'Usine Nouvelle, Soitec confirme que ce projet de d'activité partielle «vise à préserver les compétences et les emplois pendant une période de ralentissement temporaire de la demande liée à la réduction des stocks excédentaires chez certains clients», selon un porte-parole.
Départ soudain du directeur général
La CGT pointe du doigt ce problème de stocks. «Il y a des stocks énormes chez nos clients et chez nous, confie Kamel Mouhad. Il faut qu’on ralentisse la production pour laisser le temps aux équipes commerciales de vendre nos plaques de substrats.» Or pour le syndicat, majoritaire chez Soitec, ce problème de stocks est moins lié à la conjoncture qu’à des manquements côté direction. «Certains de nos nouveaux produits n’ont pas encore trouvé leur marché et la situation économique se dégrade depuis deux ans, considère Kamel Mouhad. Mais la direction a continué à se donner des perspectives de croissance qui sont très loin de ce qu’on va finalement pouvoir atteindre à la fin de l’année.»
Sans oublier la crise de gouvernance que Soitec traverse depuis le départ à l’été 2022 de Paul Boudre, remplacé par un externe, Pierre Barnabé. En 2023, ce dernier a vu trois de ses cadres dirigeants partir, puis la directrice financière cette année. Une crise dont le spécialiste des matériaux pour semi-conducteurs a visiblement du mal à sortir. Début septembre, Pierre Barnabé a annoncé soudainement son départ du groupe. Il quittera ses fonctions de directeur général au 31 mars 2026, officiellement pour raisons personnelles. Difficile désormais de ne pas se demander si son départ n’a pas un lien avec les difficultés de Soitec.





