"Pour être vraiment heureux, il me faudrait un bon job." Qui ne se berce pas de cette idée que l’atteinte de ses objectifs de carrière le mènera à la félicité ? Abandonnez cette conviction saugrenue, car une revue de la littérature académique des dix dernières années menée par trois chercheuses de l’université de Californie Riverside tend à prouver que c’est l’inverse qui se produit. On réussit dans son travail parce que l’on a une aptitude naturelle au bonheur.
Des études transversales montrent en effet que les gens qui ont une vision plus positive de la vie sont plus satisfaits de leur job et font preuve d’une meilleure performance dans leurs tâches. Une étude sur des commerciaux en assurance-vie a identifié une performance
de + 37 % en matière de vente de la part de salariés plus positifs que leurs collègues. Est-ce le bonheur qui apporte le succès ou l’inverse ? C’est l’éternel dilemme de la poule et de l’œuf…
La question est en partie résolue par d’autres études, dites longitudinales, où l’on analyse les performances des uns et des autres dans la durée. L’une d’elles a démontré que de jeunes diplômés plus épanouis que leurs pairs décrochaient plus facilement des entretiens d’embauche. Des jeunes heureux à l’âge de 18 ans se retrouvaient huit ans plus tard dans des carrières plus prestigieuses et plus rémunératrices que l’échantillon témoin qui déclarait au même âge un niveau de satisfaction inférieur. Par ailleurs, des salariés témoignant d’un niveau élevé de bien-être à un instant T présentaient une productivité supérieure deux mois plus tard, un soutien de leurs collègues plus important à vingt mois et de meilleures évaluations de leurs supérieurs hiérarchiques à cinq ans.
Des expériences de laboratoire de psychologie sociale donnent quelques clés pour comprendre le phénomène : les personnes qui cultivent des émotions positives se fixent des objectifs plus élevés, sont plus créatives, savent faire des concessions pour obtenir des solutions à bénéfices partagés. Les chercheuses de l’université de Californie Riverside mettent toutefois en garde. Une entreprise ne s’assure pas des salariés heureux en multipliant les postes de "chief happiness officers", car c’est plus compliqué. Et que des exceptions existent. De grands dépressifs comme Winston Churchill et Abraham Lincoln ont accompli des parcours extraordinaires. Mais c’est la rentrée. Dans le doute, partez du bon pied.





