Quelque chose s’est grippé dans la belle machine économique allemande. Et les signaux inquiétants se multiplient. Au deuxième trimestre, le PIB outre-Rhin a plongé dans le rouge, en baisse de 0,1 %.
Le patron de la Bundesbank n’exclut pas une récession, après un deuxième trimestre de contraction de l’activité, fin septembre. Le gouvernement d’Angela Merkel ne prévoit déjà plus qu’une croissance de 0,5 % sur l’année. L’Allemagne est la victime collatérale de la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine. Car la puissance de son industrie tient surtout à sa capacité à exporter ses machines-outils et ses voitures partout dans le monde.
L’an passé, les industriels allemands ont exporté près de trois fois plus que les français, avec 1 318 milliards d’euros. En juin, les exportations ont plongé de 8 % par rapport à l’année précédente. La production industrielle a reculé de 5 % et les commandes de machines-outils ont baissé de 9 % au cours des premiers mois de l’année, selon VDMA, la fédération des constructeurs de machines-outils. Et le coup de frein pourrait s’aggraver si Washington allait jusqu’au bout de ses menaces de taxes sur l’automobile. Idem en cas de Brexit sans accord.
Mais le modèle allemand est aussi bousculé de façon plus structurelle. Son industrie automobile, qui pèse un huitième du PIB, n’a pas anticipé les transformations technologiques du secteur et doit désormais investir massivement. Dans la machine-outil, son grand client chinois ambitionne de la détrôner. Pour se relancer, elle ne peut plus jouer sur la compétitivité salariale, alors que le taux de chômage est proche de 3 %. Berlin dispose cependant de marges de manœuvre, après cinq ans d’excédents budgétaires.
Obnubilés par le dogme du "schwarze Null", l’équilibre budgétaire, les conservateurs traînent des pieds. Mais le gouvernement pourrait présenter un plan de relance, d’après le "Spiegel". Car la pression monte. "Nous avons devant nous des mois difficiles qui risquent de se transformer en années si les politiques ne réagissent pas vigoureusement", met en garde le patron de la puissante fédération industrielle BDI, Joachim Lang, qui estime que le pays devrait profiter des taux négatifs pour emprunter. Ses partenaires européens plaident dans le même sens. Quand l’Allemagne tousse, c’est toute la zone euro qui risque de s’enrhumer.





