En Méditerranée, un havre de biodiversité installé sur un flotteur d'éolienne

La PME montpelliéraine d’ingénierie Ecocean a installé, en avril dans le port de Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône), des abris sous-marins grillagés sur le flotteur d’une éolienne en mer. Cet habitat de protection pour la faune sous-marine la plus fragile doit ainsi rejoindre le futur parc éolien en mer Méditerranée au large de Leucate (Aude), pour un essai de trois ans.

Réservé aux abonnés
Grilles d'Ecocean posées à Fos-sur-Mer sur une éolienne du futur parc en mer EFGL
Ecocean a installé ses abris, baptisés «Biohuts», sur une éolienne flottante du parc pilote au large de Leucate (Aude).

Une nurserie pour poissons au pied des éoliennes. L’ingénieriste montpelliérain Ecocean, spécialisé dans la restauration des écosystèmes aquatiques, a installé en avril des habitats grillagés sur la fondation d’une éolienne flottante d’un futur parc éolien en mer Méditerranée, au large de Leucate (Aude), qui doit être mis en service fin 2025. Baptisé Biohut, cet habitat sous-marin doit permettre de nourrir et de protéger de leurs prédateurs les larves du bas de la chaîne alimentaire sous-marine. Au total, 32 abris ont été installés sur le flotteur de l’éolienne actuellement à quai dans le port de Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône).

Crabes, crevettes, oursins… Après avoir éclos parfois à plusieurs centaines de kilomètres au large, les larves de ces espèces entament un long périple en surface pour rejoindre la côte. «Le comportement de ces larves lorsqu’elles croisent une grosse infrastructure comme le flotteur d’une éolienne, c’est de s’y installer et d’y rester. Elles sont programmées pour ça», explique Gilles Lecaillon, fondateur et président d’Ecocean.

Hélas, la surface lisse des flotteurs des éoliennes, immergés à une quinzaine de mètres de fonds, n’offre aucune chance aux jeunes crustacés et mollusques contre leurs prédateurs. «Sans abris, toutes les larves vont se faire dévorer, à 100%», pointe Gilles Lecaillon.

Des grilles sous-marines contre les prédateurs

L’entreprise a donc installé des grilles, empêchant les plus grands prédateurs d’entrer dans la nurserie. Elle a également entreposé à l’intérieur des cages des coquilles d’huîtres, dans lesquelles les larves de crabes, oursins ou encore crevettes peuvent se fixer, se cacher et se nourrir jusqu’à atteindre une taille suffisante pour survivre en milieu naturel.

Fabriquées par le spécialiste de la grille Cermast à Ancerville (Meuse), les cages en acier au carbone installées dans le parc ont une espérance de vie égale à celle des éoliennes en mer – une vingtaine d’année. Les grilles métalliques sont accrochées par des sangles en kevlar au flotteur – un tripode géant de plusieurs milliers de tonnes construit par Eiffage. Les coquilles d’huître, elles, proviennent de Mèze, dans l’Hérault.

La PME de 20 employés, au chiffre d’affaires de 1,5 million d’euros, a testé son dispositif entre 2019 et 2023 sur une bouée en flottaison sur le site du futur parc éolien en mer Méditerranée. Bilan : aucune espèce invasive n’a été repérée. «Plusieurs espèces se sont développées, dont des coquilles Saint-Jacques de Méditerranée, qu’on ne pensait pas retrouver en milieu naturel», se réjouit Gille Lecaillon.

La phase d’essais bascule désormais en condition réelle, avec la pose du système sur une éolienne grande échelle. Les biologistes de l’entreprise héraultaise pourront notamment mesurer l’éventuel impact du mécanisme anti-corrosion des éoliennes. Celui-ci génère un micro-voltage dans son environnement, d’environ 4 volts. «Je ne suis pas inquiet car je sais que les micro-courants ne sont pas un problème pour la vie sous-marine», avance le fondateur de la société.

Résultats du test en 2029

Les résultats de ce test de trois ans doivent sortir en 2029. Les chercheurs pourront notamment comparer le développement des espèces via le dispositif avec les deux autres éoliennes du parc pilote, qui, elles, ne disposeront pas de Biohuts. «C’est une chance incroyable d’avoir ce premier parc français flottant en mer Méditerranée. C’est une mer calme, qui offre une quinzaine de mètres de visibilité pour des plongeurs... Des conditions impossibles à obtenir en Mer du Nord», pointe Gilles Lecaillon.

La PME montpelliéraine installe actuellement ses abris sous-marins dans des ports commerciaux et sur les fondations de sous-stations électriques en mer. Aux Pays-Bas, un lot de grilles est en cours d’installation sur une troisième sous-station électrique de l’énergéticien public local TenneT.

France, Ecosse, Norvège, Italie… Le chef d’entreprise compte désormais profiter de la multiplication des parcs éoliens au large des côtes de l’Europe. «Ce système permet d’apporter un argument différenciant supplémentaire au dossier d’un développeur de parcs éoliens lors d’un appel d’offres», argumente-t-il.

Gilles Lecaillon parle déjà avec les promoteurs européens pour installer son système dans les prochains parcs. En ligne de mire en France : les deux futurs grands parcs éoliens flottants en mer Méditerranée, d’une puissance de 250 mégawatts chacun, prévus pour une mise en service en 2031.

Newsletter Innovation
Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.
Ils recrutent des talents
Chez Framatome, façonnons les réacteurs nucléaires de demain !

Un avenir énergétique 100% électrique et bas carbone ? Tout le monde en rêve, mais le défi est bien vaste ! Entreprise industrielle de la métallurgie, au service de la filière nucléaire, chez Framatome, chaque innovation, chaque calcul d’ingénierie, chaque soudure, contribue à cet objectif.

Le témoignage
Les webinars
Les services L'Usine Nouvelle
Détectez vos opportunités d’affaires
Trouvez des produits et des fournisseurs