Danone, Safran, LVMH, Airbus, EssilorLuxottica... Les bons et mauvais élèves de l'égalité femmes-hommes dans les comex

La part des femmes dans les comités exécutifs des entreprises progresse sous l'impulsion de la loi Rixain, votée en décembre 2021. Mais l'amélioration globale cache de fortes disparités et des petits stratagèmes, comme le révèle l'étude du professeur Michel Ferrary. Focus sur les entreprises industrielles.

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Antoine de Saint-Affrique Danone
Malgré une forte proportion de femmes parmi ses cadres, Danone leur laisse peu de place à son comité exécutif.

Trois ans après l’adoption de la loi Rixain – qui impose aux sociétés de plus de 1000 salariés un comité exécutif composé de 30% de femmes en 2026 et 40% en 2029 – où en sont les entreprises du CAC 40 ? Cela progresse, observe une étude de Michel Ferrary, professeur affilié à Skema Business School. Selon son analyse des rapports annuels portant sur l’année 2024, la moyenne du CAC 40 est désormais à 27,9%.

La loi de Marie-Pierre Rixain a donné un petit coup de fouet car la part des femmes dans les comex, qui avait grimpé d’environ 5 points entre 2017 et 2021 (de 14,2% à 19,5%) s’est brutalement accélérée, gagnant 9 points entre 2021 et 2024 – passant de 19,5% à 27,9%. «On constate le même phénomène qu’avec la loi Coppé-Zimmerman, qui imposait des femmes au conseil d’administration», affirme Michel Ferrary.

Une progression des femmes parfois en trompe l'oeil

Pour autant, dans le détail, le tableau n’est pas si rose. Premier enseignement : les entreprises s’adonnent parfois à une pratique qualifiée par Michel Ferrary d’«ajout de chaises autour de la table». «Dans les conseils d’administration, on avait réellement remplacé des hommes par des femmes, dans les comex, souvent, on rajoute des femmes», éclaire-t-il. Ce qui fait monter un peu artificiellement la mixité. Entre 2023 et 2024, le nombre cumulé des membres des comités exécutifs du CAC 40 a ainsi augmenté de 15 personnes, par l’ajout de 16 femmes et le départ d’un homme.

Deuxième enseignement : la présence des femmes dans les instances dirigeantes des sociétés du CAC 40 cache de grandes disparités. Ainsi, EssilorLuxottica n’a aucune femme dans son instance dirigeante, STMicroelectronics, Bouygues et ArcelorMittal n’en comptent qu’une seule, quand Schneider Electric en compte sept et Capgemini dix. Bien entendu, ce poids est à mettre en relation avec le nombre de membres de l’instance de direction. Ils sont trois chez EssilorLuxottica, mais 35 chez Capgemini. Plus un cercle de dirigeants est étoffé, plus il semble facile d’intégrer des femmes.

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Reste tout de même de gros écarts. Si, avec 10 femmes sur 35, Capgemini atteint un taux de féminisation de sa direction de 28%, STMicroelectronics, qui compte 1 femme sur 8, stagne à 12%. Cette dernière entreprise étant de droit néerlandais, avec son siège social installé en Suisse, elle n’est toutefois pas ciblée par la loi Rixain et n’encoure aucune sanction si elle n’atteint pas les 30%.

Des plafonds de verre plus ou moins épais

Pour promouvoir des femmes, encore faut-il en compter parmi ses salariés. C’est une problématique pour certains secteurs industriels peuplés d’une forte proportion d’hommes, qui justifient le mauvais taux de féminisation de leurs instances par l’absence de vivier. À l’inverse, d’autres secteurs comme le luxe ou la grande consommation comptent une forte proportion de femmes parmi leurs cadres et ne devraient pas avoir de souci de ce côté-là.

L’étude du professeur Ferrary se penche donc sur la capacité des entreprises à tirer parti de leur vivier en promouvant leurs femmes cadres dans le cercle dirigeant. Il en tire un «indicateur d’inégalité» qui traduit une forme de plafond de verre plus ou moins épais. Il est obtenu par la différence entre le taux de féminisation des effectifs ingénieurs et cadres et celui du comex.

Au chapitre des mauvais élèves se trouve en particulier le groupe LVMH, qui compte 65% de femmes ingénieurs et cadres pour seulement 12% à son comex. Son indice d’inégalité est de 52,5, quand dans le même secteur, Hermès a un indice de 20. LVMH se justifie souvent par le fait qu’il a de nombreuses femmes à la tête de ses maisons, ce qui est vrai, mais cela ne change pas fondamentalement l’épaisseur du plafond de verre de son comex.

Parmi les sociétés aux plafonds les plus épais, on retrouve EssilorLuxottica avec un indice d’inégalité de 50 et, plus étonnamment, Danone avec un indice de 33 (53% de femmes cadres et seulement 20% à son comex). «Cela montre vraiment les orientations du directeur général, car chez Danone, la diversité était meilleure sous l’ère d’Emmanuel Faber qu’avec son actuel DG, Antoine de Saint-Affrique», commente Michel Ferrary.

Les bons élèves, ceux qui ont un indice d’inégalité proche de zéro, gravitent dans les secteurs de l’industrie et du numérique. Le premier est Safran avec un indice d’inégalité de -0,12 (26,2% de femmes cadres et 26,32% de femmes à son comex), les deux autres, tout proches, sont Thales et Capgemini.

Un vivier de femmes à construire

D’autres entreprises se plient à leurs obligations mais pratique une inégalité d'une autre forme. Elles sur-représentent les femmes dans leur comex par rapport à la féminisation de leurs effectifs ingénieurs et cadres. Les cas les plus extrêmes sont, dans l’ordre : Dassault Systèmes, Engie et Airbus.

Ainsi, Airbus compte bien 25% de femmes à son comex, mais seulement 18% parmi ses ingénieurs et cadres (indicateur d’inégalité de -7). «Ce n’est pas une très bonne politique, car c’est générateur de frustration chez les hommes. Ce qu’il faut, c’est faire grossir le vivier des ingénieurs et cadres femmes. En la matière, par exemple, Michelin est beaucoup plus efficace qu’Airbus, car, dans un secteur assez masculin, tout comme l’aéronautique, il compte tout de même 30% de femmes parmi ses ingénieurs et cadres», affirme Michel Ferrary. Plus facile à dire qu’à faire.

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