«Après 39 ans de carrière, la perte de mon emploi a représenté la disparition d'une part significative de mon identité.» Licenciée économique après presque 40 ans dans une entreprise d’usinage de pièces mécaniques de précision, Nadine Girodet a réussi à rebondir en quelques mois. À 58 ans, cette ancienne responsable RH est devenue agent de bureau technique chez Jet Systems Helicopteres Services, une entreprise de transport et travaux aériens installée sur l’aéroport de Valence (Drôme).
«J’ai rapidement compris que j’étais sur un poste à haute concurrence et que mon expérience aurait ses limites. En France, le diplôme c’est le nerf de la guerre», indique celle qui, au fil des années, est passée en interne par les services de comptabilité, d’approvisionnement ou d’administration des ventes. Titulaire d’un BTS Assistante de direction et d’un titre professionnel d’assistante en ressources humaines par la validation des acquis de l’expérience (VAE), Nadine considère alors qu’elle n’a «pas de diplôme» face aux nombreux candidats de niveau Master 2 sur le marché du travail.
Une histoire relayée des milliers de fois sur les réseaux sociaux
À la recherche d’un nouveau poste de RH, elle envoie 90 candidatures et obtient cinq entretiens non concluants. Au bout de trois mois, son fils lui propose un coup de pouce et rédige un post sur les réseaux sociaux. «Trop jeune pour partir à la retraite, Trop vieille pour trouver un job, Trop active pour chômer», le texte explique la situation de l’ex-cadre, ses compétences et son envie de travailler. Il est partagé des milliers de fois et Nadine reçoit des propositions. «J’ai reçu des offres d’emplois, certaines sur Paris, mais je ne me voyais pas changer de vie. J’ai aussi reçu de nombreux témoignages de ‘seniors’ dans ma situation, raconte-elle. J’ai souhaité répondre à tous ces messages.»
Finalement, c'est en croisant le chemin de Mélanie, une ancienne alternante qu’elle a formée dans sa précédente entreprise, que les choses se débloquent. Devenue RH chez Jet Systems Helicopteres Services, la jeune femme lui propose de candidater à un poste administratif. «Nous travaillons beaucoup par notre réseau, peu importe l’âge, nous cherchons des gens honnêtes et compétents, indique Michel Moulin, le directeur de l’entreprise. Nadine est rigoureuse et avait envie de travailler, c’est pour ça qu’elle a été choisie.»
«Il faut réduire les coûts liés à l'emploi pour les entreprises»
Nadine demande à effectuer une immersion de 15 jours pour s’assurer qu’elle se sent à l’aise dans le poste. Le galop d’essai s’avère concluant. Depuis trois mois, cette dernière assure le suivi des dossiers de maintenance des hélicoptères. Le contrat de sécurisation professionnelle (CSP) dont elle bénéficie après son licenciement lui permet de compenser la différence de salaire avec son précédent poste. Pour l’avoir vécu, Nadine a en tête plusieurs idées pour favoriser le recrutement des seniors. «Il est nécessaire de mettre en place des incitations à l'embauche ou au maintien des seniors dans le monde professionnel, assure-t-elle. De manière plus générale, il convient de réduire les coûts liés à l'emploi pour les entreprises.»
À l’inverse des métiers de support où les candidats ne manquent pas, Jet Systems Helicopteres Services rencontre des difficultés pour recruter des techniciens. «Je suis à la recherche de deux chefs d’équipe et de quatre mécaniciens aéronautiques, indique Michel Moulin. C’est un métier en tension où l’on subit la concurrence des grands groupes qui sont capables de perdre de l’argent.» Très encadrée, la profession de mécanicien aéronautique nécessite plusieurs certifications après l’obtention du diplôme pour pouvoir exercer en autonomie. Pour l’entreprise, il s’agit de plusieurs dizaines de milliers d’euros à engager pour chaque salarié débutant. «On ne communique pas assez sur les métiers techniques et industriels, appuie Michel Moulin. Il faut valoriser leur image pour qu’ils fassent autant rêver que ceux proposés par les start-up. »
Un constat partagé par Nadine. «Si j’avais 20 ans aujourd’hui, je choisirais un métier technique dans l’industrie. À l’époque, les filles étaient orientées vers les métiers tertiaires», déplore cette dernière, qui se réjouit d'avoir vu une alternante rejoindre l'équipe des mécaniciens de sa nouvelle entreprise cette année.





