Le nombre d’offres d’emplois cadres est en chute de 13% au troisième trimestre 2023 par rapport au troisième trimestre 2022, montre le dernier baromètre trimestriel de l’Association pour l’emploi des cadres (Apec). «La tendance est à un assez net ralentissement», commente Gille Gateau, directeur général de l’Apec.
Calculé par rapport à une année 2022 particulièrement bonne, le nombre d’offres d’emploi cadre (123 200) reste élevé, supérieur à celui de 2019, avant le Covid (118 000). Mais ce ralentissement se confirme et s’amplifie même légèrement en octobre, avec un nombre d’offres d’emploi inférieur de 16% à celui d’octobre 2022. Des données en ligne avec celles d’autres organismes comme le Syntec pour les cabinets de recrutement, ou Prism’emploi pour l’intérim.
Les évolutions sont très différentes d’une région à l’autre, ce qui a étonné les analystes de l’Apec. Des régions industrielles comme Bourgogne-Franche-Comté et Grand Est voient leurs offres d’emploi cadre ne reculer que de 5 et 6% respectivement. L’Apec vient même d’ouvrir un bureau dans le nord Franche-Comté, pour couvrir la zone de Belfort-Montbéliard. La chute est en revanche la plus forte en Ile-de-France (-17%), là où se concentrent 45% de la population cadre, et en Occitanie (-16%), une région qui n’a toujours pas retrouvé son dynamisme d’avant-Covid.
Moins d'entreprises prévoient d'embaucher un cadre
Autre indicateur, mais même ralentissement. Depuis 2020, l’Apec demande aux entreprises si elles ont l’intention d’embaucher au moins un cadre dans les trois mois qui viennent. Alors qu’elles étaient 14% à répondre oui en décembre 2022, elles ne sont plus que 10% en octobre 2023 – même taux qu’en septembre 2020 ou en juin 2022, après le déclenchement de la guerre en Ukraine et les incertitudes sur l’énergie.
Dans un contexte de marché de l’emploi cadre qui ralentit, les entreprises anticipent moins de difficultés de recrutement : elles ne sont plus que 75% à craindre ces difficultés, contre 84% en mars. Un niveau ici aussi qui reste élevé. Ce ralentissement ne se traduit pas encore dans le taux de chômage des cadres. Très bas en 2022 (4,1%), il devrait descendre encore, à 3,5%, en 2023, selon des prévisions encore à confirmer de l’INSEE.
Il convient donc de rester prudent face au ralentissement observé. «Est-ce un retournement de cycle ou un à-coup ? s’interroge Gilles Gateau. Les économistes sont perplexes sur la trajectoire de la productivité depuis quelques années. Fait-on face à un changement de paradigme, avec une décorrélation entre emploi et croissance qui demeurera ? Ou y aura-t-il un effet de correction, et un marché du travail des cadres 2024 beaucoup moins favorable ?» Il faudra attendre encore quelques mois pour avoir la réponse.





