La politique énergétique et environnementale de François Hollande s’apparente à une course d’obstacles. En témoignent les quatre ministres qui se sont succédé à l’hôtel de Roquelaure. Tout avait commencé avec Nicole Bricq (mai 2012-juin 2012), remerciée après avoir voulu mettre fin aux explorations pétrolières en Guyane. Ensuite, est venue l’heure de Delphine Batho (juin 2012-juillet 2013). Elle fut démissionnée après avoir critiqué le budget 2014 qui laissait trop peu de place à l’écologie. Quant à Philippe Martin (juillet 2013-mars 2014), il a été très vite invité à faire vœu de silence à la suite de son opposition au rapprochement de la fiscalité entre le diesel et l’essence. Depuis, c’est Ségolène Royal qui occupe cette charge, à grand renfort de communication, mais avec quelques succès.
Avec une telle instabilité dans la première partie du quinquennat, plusieurs promesses du candidat Hollande n’ont pu avancer au rythme espéré, sans parler des renoncements comme l’écotaxe. En réponse au Grenelle de l’environnement de 2009 voulu par Nicolas Sarkozy, François Hollande a créé les conférences environnementales qui se sont tenues chaque année depuis 2012. La première a été marquée par l’annonce de la fermeture de la centrale de Fessenheim, le refus de toute exploitation du gaz de schiste sur le territoire national, le développement de voiture consommant moins de 3 litres aux 100 kilomètres… Mais année après année, les enjeux se sont amoindris au point que la conférence a été boycottée par nombre de participants lors de l’édition 2016.
Dans le même temps, François Hollande a voulu un grand débat national sur la transition énergétique. Ces discussions ne devaient faire l’impasse sur aucun sujet, en particulier sur le nucléaire. Malgré neuf mois de consultations, les participants n’ont pas pu s’entendre sur des conclusions communes. Ségolène Royal reléguera ce travail aux oubliettes. Elle soumettra une « loi de transition énergétique pour la croissance verte », adoptée par l’Assemblée nationale et le Sénat. Le texte acte de grands objectifs pour le mix énergétique comme une division par quatre des émissions de gaz à effet de serre, la baisse de la part des énergies fossiles de 30 %, une hausse des énergies renouvelables pour atteindre 40 % de la production d’électricité et la baisse de la part du nucléaire de 75 à 50 % en dix ans.
Dans la foulée, la ministre publiera la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), qui permet de tracer la voie pour respecter les engagements sur les renouvelables. La PPE nucléaire viendra trop tard. Il est d’ores et déjà certain que l’objectif de 50 % de nucléaire en 2025 ne pourra être atteint. Autre renoncement, le cas de Fessenheim. La promesse de fermer la plus vieille centrale de France était au cœur de l’alliance électorale entre le PS et EELV. Initialement annoncée pour la fin de l’année 2016, cette mise à l’arrêt a été repoussée à la fin du mandat… Le gouvernement espère au moins que les procédures administratives seront engagées avant mai. Le 21 janvier, le conseil d’administration d'EDF a accepté l’indemnisation négociée avec le gouvernement, reste encore à émettre les décrets de mise à l’arrêt pour que la promesse soit entièrement tenue. Au-delà de ces reports, le gouvernement n’a cessé de se quereller entre les pro-nucléaire (Arnaud Montebourg, Manuel Valls, Emmanuel Macron) et les opposants (Delphine Batho, Cécile Duflot, Emmanuelle Cosse). Un affrontement que le Président n’a jamais pris soin de trancher, desservant le gouvernement et une filière industrielle en mal de visibilité.
La grande réussite du quinquennat en matière d’environnement restera l’organisation du sommet mondial sur le climat, la COP 21, à Paris en décembre 2015, et la signature par 195 pays d’un accord pour lutter contre le réchauffement climatique. Un sommet qu’aucun pays ne voulait prendre en charge après l’échec de Copenhague en 2009. Cette réussite majeure pour la présidence française sera aussi et surtout celle de son ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, et de sa négociatrice, Laurence Tubiana.
La vice-Premier ministre
Ségolène Royal aura battu le record de longévité comme ministre de l’Environnement et de l’Énergie… du quinquennat. Jamais avare de déclarations brûlantes, elle a appelé, par exemple, à renouveler le parc nucléaire français tout en travaillant à la réduction de sa part dans le mix énergétique. Toutefois, elle restera comme la ministre qui a abandonné l’écotaxe sur les poids lourds. Son action s’appuie sur le concept d’une écologie non punitive, d’où une forte opposition avec la maire (PS) de Paris Anne Hidalgo. Sa grande réussite est la loi de transition énergétique, incomplète, notamment sur la mobilité, mais très structurante pour le monde de l’énergie.





