Quandela livre au CEA l’ordinateur quantique Lucy, qui sera raccordé au supercalculateur Joliot-Curie

La deeptech Quandela a annoncé le 23 octobre la livraison de l’ordinateur quantique Lucy, bénéficiant de 12 qubits photoniques, au Très grand centre de calcul du CEA, dans l’Essonne. Lucy sera raccordé au supercalculateur Joliot-Curie, donnant l’occasion aux chercheurs et aux industriels d’expérimenter le calcul hybride classique-quantique et d’explorer des cas d’usage.

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Fourni par Quandela et l'allemand Attocube, l'ordinateur quantique Lucy dispose de 12 qubits photoniques. Il est arrivé au Trés grand centre de calcul du CEA le 15 octobre pour être raccordé au supercalculateur Joliot-Curie. Et plus tard au supercalculateur exaflopique Alice Recoque, en cours de construction.

Lucy a rejoint le Très grand centre de calcul (TGCC), situé à Bruyères-le-Châtel, dans l’Essonne. Lucy, c’est le petit nom de l’ordinateur quantique photonique dont Quandela a annoncé l’installation, ce 23 octobre, dans cette infrastructure réservée au calcul scientifique haute performance et opérée par le CEA. La machine a précisément « passé le portail du TGCC le 15 octobre », informe Valerian Giesz, directeur des opérations de la deeptech francilienne, et son assemblage a duré trois jours.

Le système, dont les 12 qubits photoniques tiennent dans deux baies de serveur, se prépare à être intégré au supercalculateur Joliot-Curie - à une partition constituée de processeurs AMD exactement. La disponibilité opérationnelle est prévue début 2026. Voilà qui donnera l’occasion aux chercheurs d’expérimenter de nouveaux algorithmes hybrides, mélangeant calcul classique et calcul quantique.

Les industriels auront également la possibilité d’explorer des cas d’usages tirant parti des spécificités de l’algorithmie quantique. TotalEnergies compte améliorer le captage de CO2 grâce à la découverte de nouveaux matériaux et l’Onera espère accélérer la simulation de la combustion dans les moteurs, entre autres exemples. Une autre machine quantique exploitant des atomes neutres, livrée par Pasqal, est également à disposition sur place depuis plus d’un an.

Une deuxième vague d'ordinateurs quantiques en Europe

L’accès à Lucy est gratuit, à condition que les recherches soient ouvertes, et sera partagé équitablement entre utilisateurs européens et utilisateurs français. Fruit d’un contrat signé en septembre 2024, la machine appartient en effet pour moitié à EuroHPC, l’entreprise commune qui coordonne les efforts européens en matière de calcul haute performance, et à la France, au travers du consortium français EuroQCS-France (dirigé par le Genci, la très grande infrastructure de recherche qui acquiert et déploie les supercalculateurs en France).

Lucy fait partie de la « deuxième vague d’acquisition et de déploiement d’ordinateurs quantiques en Europe », observe Sabine Mehr, responsable du calcul quantique au Genci. Outre cette machine quantique photonique, des ordinateurs fondés sur d’autres technologies (qubits supraconducteurs, atomes neutres, ions piégés, recuit quantique) sont ou seront prochainement installés dans des grands centres européens de calcul intensif, en Allemagne (centre de Leibniz), en Italie (Cineca) ou encore en Espagne (BSC).

Une feuille de route à 400 millions

D’un point de vue technique, Lucy est semblable à Belenos, l’ordinateur quantique à 12 qubits hébergé dans le cloud de Quandela à Massy, depuis mai dernier. La fidélité atteint 99% pour les opérations impliquant deux qubits. Le système cryogénique, qui refroidit les sources de photons à 4K, est fourni par l’allemand Attocube. Ce qui explique, selon Quandela, que la consommation énergétique n’est que de 5 kilowatts, alors qu’un ordinateur fonctionnant avec des qubits supraconducteurs, refroidis à quelques millikelvins, en réclame 5 fois plus.

La deeptech prépare la suite, avec une machine à 24 bits bientôt disponible dans son cloud. Un prototype bénéficiant d’une nouvelle génération de sources photoniques est également attendu en parallèle, pour la démonstration d’un premier qubit logique, c’est-à-dire un ensemble de qubits physiques plus résistant aux erreurs grâce à un code de correction d’erreurs. Viendra, si tout se passe bien, un prototype de 10 qubits logiques en 2027, un avant-goût des 100 qubits logiques espérés d’ici à 2030. « Notre besoin en financement est de 400 millions d’euros d’ici à la fin de la décennie pour suivre cette feuille de route », estime Valerian Giesz.

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