Dans les cossus Jardins de Sainte-Dominique parisiens – non loin de l’Assemblée nationale – s’est tenue le 10 février une matinée organisée par InnoEnergy, l’accélérateur phare des start-ups européennes liées à la transition énergétique. Le CO2 biogénique, issu de la biomasse, a été le sujet principal de l’évènement. Deux start-ups nées cette année ont été présentées.
« Le carbone biogénique est le graal »
« Le carbone peut être perçu comme une nouvelle idée, une opportunité nouvelle pour développer de nouvelles technologies », lance dans un anglais parfait Karine Vernier, en introduction de la matinée. La directrice générale d’InnoEnergy France fait référence au captage, à l’utilisation ou au stockage du carbone (CCUS). Un procédé qui permet, en théorie, de réduire l’empreinte carbone de nombreux secteurs industriels (et notamment les plus difficiles à décarboner, comme la métallurgie ou la construction) tout en stockant ou en revalorisant le carbone capté (par la production d’électro-carburants d’aviation durables (e-SAF), e-méthanol en tête). En Europe, les pays scandinaves sont les pionniers du captage et du stockage de carbone.
Lorsque perçu comme une ressource pour la production de carburants durables, « le carbone biogénique est le graal : il est à la fois complètement circulaire et renouvelable par nature », estime Karine Vernier. Il s’agit désormais de développer la maturité technologique des différentes solutions de captage et de valorisation du carbone biogénique. À ce titre, deux start-ups incubées par InnoEnergy ont été présentées lors de la matinée.
En Finlande, VolagHy veut produire 50000 tonnes de SAF
« L’avantage de la Finlande, c’est qu’elle dispose de pulperies (où l’on fabrique de la pâte à papier à partir de copeaux de bois, ndlr) et d’usines à papier, qui produisent énormément de CO2 tout au long de l’année », explique Jacob Ruiter, PDG d’InnoEnergy au Benelux. À partir de cette ressource carbonée, la start-up VolagHy entend produire des e-SAF à hauteur de 50000 tonnes par an. La toute récente entreprise, portée par InnoEnergy, souhaite s’installer à Kuopio (Finlande) et utiliser l’électrolyse de l’eau pour fabriquer, à partir d’hydrogène et du CO2 biogénique capté localement, de l’e-méthanol. Une toute première levée de fonds devrait avoir lieu courant 2027, souffle à l’audience Jacob Ruiter, avant une entrée en production de l’usine prévue en 2031 au plus tôt. Des premiers partenariats, avec le pétrolier polonais ORLEN et l’agence finlandaise du financement de R&D Business Finland, ont par ailleurs été signés récemment.
Midstrom se voit comme un agrégateur de carbone biogénique
De son côté, la suédoise Midstrom s’autoproclame « le premier agrégateur européen dédié au CO2 biogénique ». « Il existe beaucoup de barrière à l’accès au CO2 biogénique : du côté des émetteurs, tels que les usines de papier, ou concernant la logistique, etc, relate Jeremiah Dutton, en charge du développement commercial à InnoEnergy et représentant Midstrom. Nous souhaitons nous positionner au milieu de ce réseau (midstream, en anglais) et développer, construire et gérer les systèmes de captage de carbone et de liquéfaction. Et ensuite, délivrer ce carbone à des partenaires, soit de valorisation (e-SAF, industries chimiques, etc), soit de stockage ».
L’entreprise a sélectionné un site en Suède pour bâtir sa première usine de captage et de liquéfaction du carbone biogénique, à mi-chemin entre des usines de papier de soie et de papier de spécialité (utilisé comme isolant électrique), produisant à elles deux plus de 200000 tonnes de CO2 par an. Concernant les technologies choisies, Jeremiah Dutton reste peu loquace : les dirigeants de Midstrom n’ont pas encore tranché entre l’utilisation de MOFs (réseaux organo-métalliques) ou de cryogénie pour effectuer le captage du carbone, par exemple. Courant 2026, Midstrom espère lever des premiers fonds, avant un deuxième tour de table – en série A – prévu début 2028. Ces deux opérations permettraient, selon Jeremiah Dutton, de viser un démarrage de l’usine et des opérations commerciales dès 2030. Un calendrier pour le moins ambitieux.





