La première gigafactory française d’électrolyseurs sera peut-être belge. Alors qu’on ignore encore où McPhy compte implanter son usine, même si Belfort avec le fonds GE a des chances de l’emporter, l’équipementier industriel belge John Cockerill vient en effet d’annoncer qu’il allait investir 84 millions d’euros dans l’hydrogène vert, dont 38 millions d’euros sur son site d’Aspach-Michelbach (Haut-Rhin) pour y installer une usine d’électrolyseurs alcalins qui devrait atteindre une capacité de 1 GW en 2025.
Ce groupe industriel familial créé en 1817 à Seraing, en Belgique, est détenu par le français Bernard Serin à 80,65 %. Il emploie 5 000 personnes dans le monde dans 19 pays, dont 1 850 en France et 1 500 en Belgique et opère dans les services à l’industrie, la maintenance et l’ingénierie pour les secteurs de la défense, de l’environnement et de l’énergie. Il a réalisé un chiffre d’affaires de 1,014 milliard d’euros en 2020. Le site d’Aspach est entré en 2013 dans le groupe, alors appelé Cockerill Maintenance et Ingénierie (CMI), avec l’acquisition d’Europe Environnement, un fabricant d’équipements de ventilation industrielle et de dépollution de l’air.
L’investissement se fera en deux temps. John Cockerill va d’abord investir 27 millions d’euros pour transformer le site et démarrer d’ici à 2022 la production d’électrolyseurs de 2 à 5 mégawatts (MW) d’abord, puis de 6 MW et 10 MW. L'usine aura au départ une capacité de 200 MW par an. Pour augmenter les capacités de production et attendre le gigawatt (GW) par an, 11 millions d’euros seront à nouveau investis en 2025. 100 à 150 emplois seront créés sur le site d’ici à 2026, annonce l’entreprise. Dans un communiqué du 14 juin, Cockerill annonce la création de progressive de 400 postes en Europe dont 250 en France.

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S'imposer comme un acteur de la filière
John Cockerill va aussi investir 20 millions dans des acquisitions de technologie et 26 millions d’euros en R&D, notamment pour augmenter la capacité de ses électrolyseurs et atteindre les 20 MW. Un défi. Car même si la technologie alcaline permet déjà de plus fortes puissances que sa concurrente PEM (membrane échangeuse de proton), "c’est dépasser les 10 MW qui sera difficile", reconnaît Jean-Luc Maurange, le délégué général de John Cockerill.
Le groupe a déjà amélioré la technologie de l’entreprise chinoise Suzhou Jingli Hydrogen, dans laquelle il a investi en 2019, pour passer de 5 à 6 MW. Ces équipements, aujourd’hui produits en Chine, sont exploités par la coentreprise Cockerill Jingli Hydroge (CJH). C’est avec ces électrolyseurs qu’Air Liquide va produire des gaz verts à Taïwan pour l’industrie des semi-conducteurs. Et c’est encore avec sa technologie chinoise que John Cockerill a été retenu par Engie et Carmeuse pour installer un électrolyseur de 75 MW en Wallonie pour produire de l’hydrogène vert qui sera recombiné avec du CO2 provenant d'un nouveau type de four à chaux innovant, pour produire du méthane.
Profiter des plans hydrogène européens
Mais "avec cet investissement en Chine, on a découvert qu’être présents sur ce marché de l’hydrogène en dehors de Chine uniquement avec du matériel importé de Chine n’était pas une réalité souhaitable pour nous et acceptable par le marché", explique Jean-Luc Maurange. D’où la décision d’ouvrir une usine d’électrolyseurs à Aspach, en France mais près de la frontière allemande. Cela permettra au groupe de participer plus facilement à des projets européens. Voire d’obtenir un investissement de Bpifrance dans une filiale hydrogène française d'une entité énergie verte belge que le groupe envisage de créer et dont, exceptionnellement, le capital serait ouvert aux investisseurs industriels.
John Cockerill y placerait ses autres activités dans l’énergie, comme sa technologie de solaire à concentration avec stockage à sel fondu et ses développements de batteries à flux et chrome-vanadium. Outre les 150 postes à Aspach, le groupe belge prévoit de créer 130 à 160 postes supplémentaires au cours des prochaines années dans la filière hydrogène décarboné en France et en Belgique. Il investira au total 84 millions d’euros.





