[Portrait] Olivier Guilbaud, l'entrepreneur qui multiplie les capteurs autonomes dans l'industrie

Fort de ses vingt ans d’expérience, cet entrepreneur exigeant répond aux problèmes des industriels en concevant des détecteurs économes en énergie, performants et faciles à installer.

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Dans les entrepôts de Naval Group, un parking de Lyon Parc Auto, les box du biclooPark de Nantes ou encore un compteur d’eau… Les possibilités de tomber sur l’un des capteurs sans fil d’Olivier Guilbaud sont multiples ! Plus de 150 000 détecteurs signés Ineo-Sense sont à ce jour déployés dans le monde. Son plus grand défi relevé : numériser 14 000 caisses naviguant parmi les 30 ateliers du fabricant aéronautique Lauak.

Depuis 2019, grâce à un réseau dense de capteurs autonomes équipés d’une LED, les opérateurs identifient en moins de trois secondes la caisse recherchée au milieu des piles. « Voir mes capteurs être utiles me plaît beaucoup ! », confesse le PDG et fondateur d’Ineo-Sense. Olivier Guilbaud poursuit avec acharnement son but : mettre la technologie au service de nombreux secteurs industriels.

En 2017, après trois années de développement, le Clover-Core naît. Avec l’équipe d’Ineo-Sense, Olivier Guilbaud s’est attaché à mettre au point cette solution de capteurs autonomes d’une durée de vie de trois à dix ans et très réactifs. Comment ? En remettant tout à plat pour développer une carte électronique et un protocole de communication maison.

L’occasion pour le quinquagénaire de mettre à profit ses connaissances en microélectronique appliquée, discipline qu’il avait étudiée, guidé par l’envie de « comprendre, mais pas d’apprendre ». Vincent Dupont, le directeur technique d’Ineo-Sense, abonde : « Olivier a ce besoin de comprendre les choses qui le différencie d’autres chefs d’entreprise. »

Des dispositifs à coûts réduits

Dès que l’on franchit le seuil des locaux nîmois d’Ineo-Sense, l’écran mural indiquant le nombre de personnes dans la pièce comptabilise notre présence. « C’est un détecteur que nous venons de développer pour Onet, qui souhaite connaître la fréquentation des sanitaires pour optimiser son service de propreté », décrit Olivier Guilbaud. Ineo-Sense conçoit des capteurs sur mesure : des LED, des sondes de température et d’hygrométrie ou encore des détecteurs de mouvement peuvent y être intégrés.

Ils répondent à de nombreux besoins industriels : suivi d’objets ou de flux, sécurisation de procédés ou encore maintenance prédictive. « Olivier passe beaucoup de temps à transcrire les discussions avec les clients en données techniques », explique Vincent Dupont. L’entrepreneur s’attache à répondre aux problèmes des industriels en déployant des capteurs faciles à installer et peu chers. « C’est la clé pour créer de la valeur et voir nos produits déployés », confie Olivier Guilbaud.

Le chef d’entreprise parle vite, réfléchit vite et semble prêt à affronter n’importe quelle problématique industrielle. Il faut dire qu’il a beaucoup papillonné. Sa maîtrise en poche, il fait ses premières armes dans l’automatisme. « J’ai eu des opportunités dans des contextes industriels variés, c’était passionnant. » Il se rappelle en particulier l’installation de machines dans un planétarium, la mise au point d’un automatisme de transformation de coton en billet de banque ou encore la mise en service d’un automate de fabrication de pastilles d’uranium.

Convaincre les industriels

C’est en 1995 qu’il entre dans le monde des capteurs sans fil chez l’américain Itron – leader mondial de la télérelève –, avec une mission stimulante : pénétrer le marché européen en créant des produits moins chers. Première désillusion pour cet homme engagé : alors que la solution est enfin prête, l’entreprise se désengage du projet et réalise un licenciement économique. Avec trois anciens collègues, il crée Coronis Systems pour commercialiser la technologie de relevé de compteurs qu’ils avaient mise au point.

Nouveau coup dur pour ­Olivier ­Guilbaud, dont le ton devient amer en évoquant cette période : Coronis Systems est avalée six ans plus tard par l’américain Elster. « Coronis Systems engrangeait un bon chiffre d’affaires, mais nous sommes arrivés quinze ans trop tôt pour le marché. » Olivier Guilbaud n’en démord pas : il passe quelques années à prêcher la bonne parole, comme il aime le raconter, pour convaincre les industriels de l’intérêt des capteurs autonomes.

Il prépare le marché à l’arrivée de sa nouvelle technologie et crée Ineo-Sense en 2010. Pour ce grand adepte du squash, qu’il pratique en compétition, c’est le moment de frapper : il choisit des investisseurs privés, monte une équipe et prend le temps de façonner son produit, qu’il commercialise à partir de 2017. Pas question de reproduire l’expérience de Coronis Systems en allant trop vite. L’entrepreneur aime le travail bien fait.

Créer des objets utiles

Son regard pétille lorsqu’il évoque la signature récente d’un contrat de 1 million d’euros avec un ancien client. « Il m’a recontacté car ses capteurs sont en fin de vie. Nous lui en avions fourni quinze ans plus tôt, en lui annonçant une durée de vie de quinze ans… Cette réussite illustre parfaitement ma philosophie de travail ! »

L’homme a l’envie et la fierté de créer des objets utiles. « J’ai dessiné mes premiers objets avec mon père, qui faisait de la mécanique industrielle, sur un coin de table, raconte-t-il. Des années plus tard, en me baladant à Nice, je suis tombé sur l’un d’entre eux dans un compteur d’eau ! Voir cet objet toujours en vie, ça m’a fait quelque chose. » Aujourd’hui, il n’a rien perdu de son énergie ni de son ambition. Il confie travailler sur un projet qui changerait la donne, cette fois-ci, dans la logistique de produits agroalimentaires. Aucun doute qu’il continue d’essaimer ses capteurs partout où l’industrie aura besoin de lui.

Détecteurs faits maison


Chaque capteur d’Ineo-Sense comprend une carte électronique et une suite de briques logicielles propriétaires. La consommation énergétique est optimisée par un prétraitement des données : par exemple, seules les températures s’écartant de la moyenne sont envoyées sur le réseau. Le capteur communique – en extérieur ou en intérieur – par radio sur les réseaux Sigfox, Lorawan ou Clover-Net, un protocole de communication maison. Sa particularité ? Il est bidirectionnel : les détecteurs communiquent entre eux et avec l’opérateur.

 

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