Les quatre défis de Lactalis pour rester numéro un mondial du lait

Dans un contexte international bousculé par le Covid-19, le numéro un mondial du lait, le français Lactalis, a pu compter sur ses marques vendues en grandes surfaces pour résister. Mais il œuvre sur plusieurs chantiers pour maintenir ses positions.

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Usine Lactalis Lactel Vitré
Usine Lactalis de conditionnement du lait Lactel à Vitré.

Fin 2017 éclatait une véritable crise pour Lactalis, avec 35 nourrissons contaminés par des salmonelles après avoir consommé son lait premier âge. Mis en cause pour sa culture du secret, l’industriel français joue depuis la carte de la transparence. Son président Emmanuel Besnier, fils du fondateur du numéro un français des produits laitiers et premier groupe laitier mondial (en valeur), a ainsi ouvert à la presse mardi 18 mai une des usines phares du groupe, située à Vitré (Ille-et-Vilaine), premier site construit par son père en dehors du siège de Laval (Mayenne) en 1968. L’occasion de revenir sur les défis qui attendent le groupe familial non coté, chamboulé lui aussi par la crise du Covid-19.

1 - Retrouver des activités diversifiées

Président, Galbani, La Laitière, Lactel… Lactalis est connu en France et dans de nombreux pays du globe pour ses nombreuses marques de lait, beurre, crème, fromages ou yaourts vendues en grandes surfaces. Prisées par les habitants qui ont plus cuisiné durant les périodes de confinement, elles lui ont permis de continuer à croître sur l’année 2020, avec un chiffre d’affaires de 21,1 milliards d’euros en hausse de 5,9% et un résultat net consolidé groupe stable, à 427 millions d’euros. Mais ses autres activités ont souffert, comme les beurres et crèmes vendus à la restauration, ou ses poudres de lait à destination des industries et de l’export, dont le prix s’est effondré à l’international. Des activités que le déconfinement à venir devrait lui permettre de reprendre.

Sans compter son activité de nutrition infantile (environ 1% de son chiffre d’affaires) toujours très secouée. Lactalis a donc préféré placer le curseur sur son activité de nutrition clinique et médicale, avec notamment des crèmes dessert Delical pour les personnes fragiles ayant des difficultés à se nourrir fabriquées à Vitré. Mais, malgré le boom des jus végétaux, Lactalis n’entend pas investir considérablement sur le terrain des alternatives aux laits. Par contre, toutes ses gammes disposent désormais de leurs produits bio.

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2 - Consolider sa présence à l’international

Avec 21,7 millions de litres de lait collecté, Lactalis est le troisième acteur mondial en la matière. « Nous allons continuer de nous développer vers le continent américain qui représente 26% de nos ventes, annonce Emmanuel Besnier. L’Europe reste notre premier marché avec 56%, mais il y a quelques années c’était les deux tiers ! » Face à un marché français mature, Lactalis, qui réalise déjà 80% de son chiffre d’affaires à l’international, doit miser sur l’étranger et ne lésine pas sur les moyens. En 2020, il a lancé quatre acquisitions, dont une déjà autorisée au Canada qui fait de lui le leader des yaourts bio dans le pays. Parmi les achats en cours, deux opérations majeures : la reprise à son compatriote Bel des fromages hollandais Leerdamer, qu’il avait cédés en 2002, avec plusieurs sites de production. Et surtout, l'acquisition pour 2,7 milliards d’euros des fromages de l’américain Kraft (avec les marques Cracker Barrel, Breakstone’s, Knudsen, Polly-O, Athenos et Hoffman’s, 750 salariés et trois usines) qui devraient lui permettre de réaliser désormais 3,5 milliards d’euros de ventes aux Etats-Unis, faisant de ce pays son deuxième marché derrière la France (aux 4,5 milliards d’euros de ventes en 2020).

C’est aussi l’international qui lui a permis d’atténuer la crise de sa division nutrition infantile, dont toute la production était réalisée en France. Depuis l’incident sanitaire, l’usine mise en cause de Craon, en Mayenne, a repris mais avec des volumes en forte baisse. Lactalis mise donc plutôt sur l’étranger, via la division infantile du laboratoire pharmaceutique sud-africain Aspen, présente sur plusieurs continents en dehors d’Europe, reprise fin 2018.

3 - Assurer sa rentabilité

Contrairement aux géants mondiaux de l’agroalimentaire aux marges comprises entre 8 et 15% (ce dernier chiffre est notamment visé par le conseil d’administration de Danone), les marges de l’industrie laitière sont bien plus faibles. Avec 2%, Lactalis s’estime dans les clous. Mais continue d’investir dans ses laiteries pour rester compétitif, via 620 millions d’euros injectés en 2020, dont 220 millions d’euros en France où se situent 66 de ses 266 usines. L’équation n’est pas aisée : il doit à la fois payer un prix décent aux producteurs de lait indépendants (avec en moyenne 369 euros les 1 000 litres en 2020, Lactalis assure être mieux disant que ses concurrents hexagonaux Sodiaal, Savencia et Agrial), proposer ses produits à des prix compétitifs aux grandes surfaces et à l’international, la production française de lait étant excédentaire… D’où, justifie Emmanuel Besnier, son recours auprès de l’Europe qui a fait annuler le décret passé en France, puis dans d’autres pays, rendant obligatoire l’étiquetage de l’origine du lait.

4 - Définir une vraie stratégie environnementale

Depuis novembre 2020, Lactalis s’est doté d’un nouveau directeur général, Philippe Palazzi, précédemment numéro deux du grossiste alimentaire allemand Metro. Parmi ses priorités: « mieux faire connaitre notre groupe et l’ouvrir davantage à ses parties prenantes » et dévoiler début 2022 une feuille de route RSE détaillée. Avec, à la clé, des engagements pour réduire les émissions de carbone de l’industriel ainsi que l’impact de ses emballages, enjeu clé pour ce type de biens de consommation. Première pierre à cet édifice : Lactalis planche avec le chimiste Ineos sur la conversion de déchets plastiques issus de PEHD en nouveaux polymères aptes au contact alimentaire. Une solution qu’ils expérimentent désormais sur le site de production de Montauban du laitier, pour « fournir les premières bouteilles de lait en PEDH au monde issues du recyclage avancé ».

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