Dépassée, la recherche européenne ? Face aux moyens des laboratoires américains et au dynamisme de certains pays émergents, les chercheurs du Vieux Continent pourraient baisser les bras. Pourtant, en Europe des centres d'excellence fonctionnent sur des technologies promises à un bel avenir. « L'Usine Nouvelle » en a sélectionné cinq : la fabrication directe, les lasers de forte puissance, les matériaux auto-réparants, le captage du CO2 et les nanotechnologies. En Grande-Bretagne, en France, aux Pays-Bas, en Norvège et en Suisse, ces centres de recherche évoluent au meilleur niveau mondial. Leurs travaux, fortement transversaux, s'appuient sur de multiples disciplines. La complexité des projets - et leur taille parfois - exige souvent une coopération soutenue entre plusieurs laboratoires. Enfin, qu'ils soient commanditaires, fournisseurs de technologies ou partenaires majeurs, des industriels participent à ces travaux de pointe.
De la construction du laser le plus puissant du monde, au CEA de Saclay, en région parisienne, aux recherches sur les applications des nanotechnologies dans le nouveau centre d'IBM à Zurich, la pluridisciplinarité est la règle. Le plus emblématique sur ce point est sans doute le Centre des matériaux de l'université technologique de Delft (Pays-Bas), qui met au point des matériaux capables de se réparer eux-mêmes. Des spécialistes des polymères, du béton et des métaux s'y côtoient. Mais ils coopèrent aussi avec des mathématiciens et même des microbiologistes ! Pour réunir ces compétences, le Centre des matériaux - fort d'une trentaine de chercheurs - puise dans la diversité des laboratoires de l'université technologique (2 700 chercheurs). C'est aussi sur une organisation « répartie » que repose le laboratoire ILE (Institut de la lumière extrême), qui réunit les chercheurs de divers laboratoires du plateau de Saclay sur le projet Apollon 10 PW, un laser qui atteindra les 10 Petawatts de puissance de crête, un record mondial. Là encore, des spécialistes de l'optique, des lasers, des matériaux et de l'électronique collaborent pour construire cet instrument hors norme destiné à des études fondamentales en chimie, physique et biologie, qui occupera une salle de 700 m². Des industriels de l'optique et des lasers sont associés au projet, qui nécessite le développement de composants atypiques.
Recherche appliquée à l'industrie
La collaboration avec des industriels est quotidienne à l'université de Loughborough (Grande-Bretagne), où l'Additive manufacturing research group (AMRG) planche sur les techniques de fabrication directe, qui se passent de machines-outils en s'inspirant des méthodes de prototypage rapide (lire pages suivantes). Les constructeurs automobiles, avionneurs et équipementiers échangent avec une quarantaine de chercheurs venus de la mécanique, de la chimie des matériaux, du logiciel, du design... Pour le Sintef, le grand centre de recherche norvégien, fortement impliqué dans le développement des technologies de captage, transport et stockage du CO2, le travail avec les industriels s'inscrit notamment dans le projet BIGCCS. Une dizaine d'industriels (Total, Shell, Hydro Aluminium, GDF Suez, Aker Solutions...) participent à ce programme de 50 millions d'euros. Mais la collaboration la plus étroite entre recherche publique et privée, on la trouve en Suisse, où IBM et l'École polytechnique fédérale de Zurich (ETH) créent un centre commun sur les nanotechnologies sur un site du centre de recherche IBM. À terme, une centaine de chercheurs pourraient y travailler. Le champ de recherche s'étend des matériaux pour l'électronique aux batteries, de la microfluidique aux capteurs... Nul doute que la pluridisciplinarité la plus étendue régnera, là aussi.











