Technos et Innovations

"Pour la première fois, l'innovation et la recherche sont au sommet des priorités de l'Union".

Aurélie Barbaux

Publié le

Entretien Les cinq laboratoires d’exception présentés par L’Usine nouvelle manquent cruellement de notoriété. Entretien avec la commissaire européenne à la Recherche et l’innovation, Máire Geoghegan-Quinn, sur sa stratégie. Pour que la recherche européenne n’ait plus à pâlir face aux grands écosystèmes de Recherche de Stanford, Boston, Singapour ou Shanghai.

Pour la première fois, l'innovation et la recherche sont au sommet des priorités de l'Union. © EC

L'Usine Nouvelle - Comme le montre notre enquête auprès de 5 laboratoires d’exception, l’Europe dispose d’excellents chercheurs, mais peut-elle les garder. Et comment en attirer de nouveaux ?
Máire Geoghegan-Quinn - Le conseil Européen de la Recherche (ERC) mène un excellent travail et il commence à attirer des chercheurs de haut niveau de l’étranger. Par exemple, un prix Nobel américain, le professeur James Heckerman, a reçu une bourse de 2,51 millions d’euros pour mener ses travaux interdisciplinaires sur " la compréhension de la santé tout au long de la vie " à l’University College de Dublin. Ils mêlent les champs de la santé, de l’économie et des sciences sociales.

Le programme de bourse pour jeunes chercheurs de l’ERC est également très performant. La dernière promotion de novembre 2010 compte 39 nationalités différentes. 18 des lauréats étaient précédemment basés hors d’Europe, dont 12 chercheurs européens partis aux États-Unis.

Mais garder les meilleurs chercheurs n’est pas qu’une histoire d’argent. Nous devons surtout saisir les opportunités. Et je suis contente d’avoir obtenu l’accord unanime des chefs d’États et du gouvernement de l’Union pour finaliser d’ici à 2014 l’Espace européen de la Recherche (ERA). Schématiquement, il s’agit un " marché unique de la recherche ", qui permet aux chercheurs de circuler librement et de coopérer sans frontière. Cela rendra l’Europe plus attractive pour les chercheurs.

L’Europe fait toujours un complexe face aux grands écosystèmes d’innovation américain, comme à Stanford ou Boston, et maintenant Singapour ou Shanghai ? L’Institut européen de technologie et ses communautés de la connaissance et de l’innovation ou KIC (knowledge and innovation communities) sont-ils vraiment la bonne réponse pour faire émerger des écosystèmes similaires en Europe ?

Bien sûr que l’Institut européen pour l’innovation et la technologie (EIT) est un immense pas en avant. Avec lui, nous initions une nouvelle collaboration au niveau européen entre les meilleurs centres d’enseignement de recherche et les entreprises.

Mais l’Europe n’est pas un pays unique, avec une seule langue et un seul gouvernement. Donc nous ne pouvons pas faire les choses exactement comme les États-Unis, par exemple.

Je reviens d’une visite du centre d’Innovation et de technologie de Shanghai. C’est très impressionnant. Mais nous ne devons pas nous sous-estimer. Les Chinois continuent de penser qu’ils peuvent encore beaucoup apprendre de nous.

Ce que nous devons faire en Europe, c’est mettre en œuvre le modèle de l'Union de l'Innovation en entier. L’institut européen des technologies en est, effectivement, un élément important. Mais l’Union pour l’innovation signifie avant tout deux choses. Premièrement, les gouvernements nationaux doivent faire plus chez eux afin de construire une base scientifique de classe mondiale, amener les secteurs publics et privé à travailler ensemble et abaisser les barrières à l’innovation. Deuxièmement, nous avons besoin de tisser au niveau européen des pôles de ressources, d’en finir avec le double-emploi et les efforts nationaux fragmentés et incohérents et d'assurer une circulation des connaissances sans frontières.

Les "partenariats européens de l’innovation ", que j’ai promus, font partie du programme l’union pour l’innovation. Ils ont pour but de réaliser en Europe, ce que les États-Unis et la Chine font déjà. Ils posent des objectifs clairs pour mobiliser ensuite tous les acteurs concernés pour les atteindre.

Ces partenariats vont connecter ensemble l’Europe, les politiciens nationaux et régionaux, les scientifiques, les dirigeants de grandes entreprises et des représentants de PME. Un premier partenariat pilote vise à allonger de deux ans en moyenne la période de vies où les Européens jouissent d’une bonne santé et d'une vie active. Vous voyez que nous ne manquons pas d’ambition. Sur la base des leçons que nous apprendra ce pilote, nous voulons lancer d’autres partenariats sur des sujets comme la ville intelligente et plus verte, l’agriculture durable ou l’efficacité pour l’eau et les matières premières.

L’espace européen de la recherche décidé à Lisbonne en 2000 pour coordonner les politiques nationales des états membres peine à se mettre en place ? Sans parler de l’objectif de 3 % des PIB des pays consacré à la R&D ? Avez-vous des pistes pour l’atteindre ?

Comme je vous l’ai dit, nous avons plus de soutien politique pour porter l’Espace européen de la recherche. En effet, pour la première fois, l’innovation et la recherche sont au sommet des priorités de l’agenda politique de l’Union. Et donc je suis optimiste.

Quant à l’objectif de 3 % du PIB européen consacré à la R&D, nous avons déjà dépassé la barrière des 2 % et nous mettons en place les changements nécessaires pour atteindre les 3 % d’ici à 2020. Les États membres ont défini leurs objectifs en étroite collaboration avec les experts de la Commission. Et la stratégie Europe 2020 inclut un suivi beaucoup plus serré des indicateurs, que celle de Lisbonne.

Même en temps de crise, beaucoup d’États membres, notamment la France et l’Allemagne, ont augmenté leurs investissements en recherche et innovation. Ils ont compris que l’on ne peut pas réaliser de croissance durable sans investir toujours plus dans ces domaines. Nos études démontrent qu’atteindre l’objectif de 3 % en 2020 pourrait créer quelque 3,7 millions d’emplois d’ici à 2025.

Les programmes cadres européens donnent toujours une impression de saupoudrage de l’effort de recherche communautaire. Le 8e PCRD concentrera-t-il plus les efforts ?

J’ai été très claire depuis le jour où j’ai été nommée : la manière d’utiliser les fonds européens pour la recherche peut être optimisée pour augmenter leur impact sur la vie des gens et la stimulation du tissu économique, en les ciblant plus fortement sur de grands enjeux comme le changement climatique, la sécurité énergétique et alimentaire, l'utilisation efficace et durable des ressources et le vieillissement des populations.

Je le mets en pratique depuis l’année dernière, notamment dans les appels à projets que nous allons annoncer en juillet 2011. Dans le prochain programme, nous allons placer ces priorités encore plus systématiquement.

Mais ce dernier ne sera plus appelé programme cadre 8 (FP8). Nous marquons un nouveau départ en rendant beaucoup plus cohérents les uns avec les autres tous les programmes de la Commission liés à la Recherche et l’innovation : le programme cadre (PCRD ou FP), le programme pour l’innovation et la compétitivité (PIC) et celui de l’Institut Européen pour l’innovation et la technologie. Nous établirons un cadre stratégique commun et la gestion sera simplifiée. Nous avons lancé une consultation sur ce sujet en vue de proposer une loi d’ici à la fin 2011. Nous devrions aussi proposer un nouveau nom après une consultation et un vote en ligne. C’est en cours.

Mais je veux être clair. Le programme cadre est un succès. Et notre évaluation ne doit pas se limiter aux critiques – en partie justifiées - des bénéficiaires concernant une bureaucratie parfois trop lourde. Nous avons déjà introduit des simplifications importantes dans le FP7. Et une étude a estimé que les appels à projets de la seule année 2010 pourraient créer quelque 165 000 emplois. Mais promis, nous réduirons encore la bureaucratie dans notre programme post-2013.

Propos recueillis par e-mail, par Aurélie Barbaux

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