Des pâtes carbo... décarbo. Le groupe Panzani a révélé ses ambitions en matière de décarbonation le 19 juin, par la voix de son PDG Albert Mathieu. Précision liminaire : la feuille de route ne doit pas faire dévier le cap fixé par le patron dans le rayon pâtes et couscous : la croissance des volumes et la bataille des parts de marché.
Sans surprise, le gros de l’empreinte carbone de l’ETI française, est à trouver côté champs (environ 50%). Panzani y trouve 470 000 tonnes de blé dur, qui sont 100% français depuis 2019, ce qui correspond à environ un tiers de la production nationale (1,4 million de tonnes en 2022 d’après l’Agreste), ainsi que 100 000 tonnes de tomates, principalement venues d’Espagne, l'offre française étant largement insuffisante en la matière. Ces deux filières sont appelées à devenir «responsables» d’ici 2025.
Outils d'aides à la décision
Concrètement, pour ce qui est des blés durs, les agriculteurs seront priés de se doter d’outils d’aides à la décision (OAD), qui servent notamment à réaliser des traitements plus précis, de supprimer certains pesticides de leur arsenal, de planter 1000 hectares de bandes fleuries pour accueillir des auxiliaires de cultures… Un prime de 20 euros la tonne est prévue pour les faire passer à l’acte. «Les AOD sont la clef de ce cahier des charges», a exposé Cécile Renault, la directrice RSE. Une transition en douceur, portée vers l’agriculture de précision plus que l’agroécologie.
L’enjeu est aussi de pérenniser cette filière nationale, alors que les volumes décrochent ces dernières années. «La démarche apporte de la visibilité», a souligné Nicolas Prévost directeur grain de la coopérative Arterris, l’un des grands fournisseurs de Panzani. «C’est une culture qui demande plus d’intrants, donc avec un coût de production de départ plus important, a-t-il détaillé. C’est aussi une culture fragile, avec de l’incertitude au regard des aléas climatiques.» Albert Mathieu espère aussi mobiliser les semenciers pour trouver des variétés plus résilientes.

- 970.362083027-6.52
Novembre 2025
Huile de palme - Malaisie$ USD/tonne
- 445.8333333333+10.42
Novembre 2025
Graines de soja - Etats-Unis$ USD/tonne
- 708.25-6.07
Novembre 2025
Phosphate diammonique (DAP)$ USD/tonne
Précision importante : cet engagement ne concerne que le blé dur destiné aux pâtes (32% de parts de marché). Les gammes semoules de Panzani (30% de parts de marchés) sont exemptées de l'effort.
Chaudières biomasse et temps de cuisson
Pour les tomates, principal ingrédient des sauces, la politique décarbonation se décline de l’autre côté des Pyrénées. Si l’ambition de voir une filière française monter en puissance existe, il faut rester pragmatique, cela «prendra des années de répliquer ce que nous avons fait sur le blé dur», note Albert Mathieu. Les agriculteurs espagnols se voient assigner l’objectif de réduire la fertilisation azotée de 20% d’ici la fin de la décennie, mais aussi de travailler sur la santé des sols, épaulés notamment par la fondation Earthworm, bien connue des projets d’agriculture régénératrice.
Là aussi, l’approvisionnement est menacé par les événements climatiques et la sécheresse en vigueur. Albert Mathieu se fait écho d’une «explosion» des prix et indique vouloir diversifier son approvisionnement, en France, mais surtout en Italie.
Outre les champs, Panzani estime que 30% de son empreinte carbone est liée aux consommateurs et à la cuisson des pâtes. Elle recommande donc de réduire le temps de cuisson ou d’acheter des pâtes à durée de cuisson courte… L'entreprise mise par ailleurs sur des emballages 100% recyclables en 2025.
Enfin, pour ses sites industriels français, qui seraient à l'origine de 3% de son impact carbone global, Panzani déploie actuellement des processus de récupération de la chaleur émise par l’opération de séchage des pâtes, mais aussi des mesures de pilotage de la consommation d’énergie qui devraient permettre de réduire la facture d’au moins 10% dans l’année. Le groupe donne rendez-vous en juillet concernant ses chaudières à gaz : une solution «biomasse» est sur la table.





