Bluebell s'attaque à Saint-Gobain. Selon les informations du quotidien britannique Financial Times, dont L'Usine Nouvelle a eu confirmation, le fonds activiste anglais échangerait des lettres avec les dirigeants du groupe tricolore depuis mi-décembre, dans le but de l'amener à engager une profonde réorganisation. Dans le détail, il pousserait notamment l'entreprise à scinder, à introduire en Bourse ou à vendre ses activités de distribution, pour se concentrer sur les matériaux de construction. En interne, des sources contestent cette proposition, soulignant que c'est précisément le réseau de distribution qui permet de tisser du lien avec les artisans.
L'investisseur ferait également pression pour que le groupe remplace le président de son conseil d'administration Pierre-André de Chalendar à l'occasion de l'assemblée générale des actionnaires, prévue le 2 juin. Celui-ci avait cumulé les fonctions de président et directeur général pendant plus de dix ans, avant de laisser les rênes du géant à Benoit Bazin, au début de l'année 2021. Saint-Gobain avait annoncé vouloir renouveler son mandat actuel jusqu'en 2024. Certains activistes voient d'un mauvais oeil la proximité entre Benoit Bazin et Pierre-André de Chalendar.
Un fonds très actif
Le fonds ne détiendrait que 0,5% du capital du groupe, mais jugerait ses performances « décevantes ». Une vision étonnante quand on sait que Saint-Gobain a engrangé des « records de croissance, de résultat et de marge » en 2021, notamment grâce à la vague de rénovation et d'isolation des logements, avec un chiffre d'affaires de 44,16 milliards d'euros (+15,8% par rapport à 2020). L'entreprise compte par ailleurs doper sa croissance externe grâce à plusieurs grosses acquisitions, comme celle de l'américain GCP Applied Technologies ou de Chryso.
Hasard de calendrier ? Au lendemain de la publication de l'article du Financial Times, Saint-Gobain a annoncé la vente de International Decorative Surfaces (IDS), son activité de distribution spécialisée en revêtements de sol, plans de travail et stratifiés au Royaume-Uni à une société britannique de capital investissement. Cette filiale, qui emploie environ 500 salariés, a généré 130 millions de chiffre d'affaire en 2021. Par ailleurs, le groupe a indiqué qu'il cédait également deux sites britanniques de transformation de verre spécialisés dans la production de double vitrage et certaines de ses activités céramiques au Brésil et aux Etats-Unis.
Ce n'est en tout cas pas la première fois que Bluebell souhaite faire bouger les lignes au sein des sociétés dans lesquelles il investit. Le fonds avait déjà occupé le devant de la scène en janvier 2021 lorsqu'il avait réclamé le départ du PDG de Danone, Emmanuel Faber, avant de demander quelques mois plus tard la destitution de Ilham Kadri, à la tête du groupe belge Solvay. Crée en 2019 par Francesco Trapani, dirigeant historique de la marque de luxe Bulgari, le fonds anglais est également au capital de la compagnie aérienne allemande Lufthansa, du géant suisse Glencore et de la marque Hugo Boss.








