« Il est difficile d’accélérer la sobriété hydrique en raison des investissements nécessaires », prévient Christian Lecussan, président de la Fenarive

S'il apprécie la feuille de route du Plan eau, Christian Lecussan, le président de la Fédération nationale des associations de riverains et utilisateurs industriels de l’eau (Fenarive), pointe les investissements importants que devront faire les industriels pour économiser davantage d'eau.

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Christian Lecussan, président de la Fenarive

Quelle est la position des adhérents de la Fédération nationale des associations de riverains et utilisateurs industriels de l’eau (Fenarive) vis-à-vis de la ressource en eau ?

Il y a un rapport très ancien entre l’industrie et l’eau : sans eau, pas d’industrie ! Elle est utilisée dans les procédés, sert au nettoyage, à refroidir, à produire de la vapeur… Les industriels se préoccupent de cette ressource depuis une cinquantaine d’années. Cela concerne les prélèvements et la pollution, deux enjeux complètement liés. D’importantes économies d’eau ont déjà été réalisées avec la mise en place de procédés simples, comme le recyclage. Passé cette étape, les industriels se sont penchés sur leurs procédés et des gains ont été réalisés grâce à des avancées technologiques.

Observez-vous un changement aujourd’hui ?

Les sécheresses à répétition ont fait émerger une prise de conscience sociétale. Dans l’industrie, qui optimise ses usages depuis très longtemps, elles ont donné un coup d’accélérateur. L’obligation de publication des indicateurs de performance liée à la directive européenne CSRD [Corporate sustainability reporting directive, ndlr] et le Plan eau, en France, l’amplifient également. J’ai apprécié que le Président lui-même le présente, cela a mis un coup de projecteur sur la problématique. L’eau est devenue l’une des priorités nationales, c’est inédit. Le Plan eau donne une feuille de route à l’industrie. Mais après les efforts déjà réalisés par le secteur, il sera difficile d’aller plus loin dans la sobriété hydrique en raison des investissements nécessaires.

Le soutien de l’État, de 475 millions d’euros supplémentaires par an grâce au Plan eau, n’offre-t-il pas cette opportunité ?

Le problème n’est pas un manque de soutien financier de l’État français, réalisé à travers les agences de l’eau. Le blocage se situe au niveau de l’encadrement européen des aides, qui limite les possibilités d’accompagnement des projets [les taux d’aide sur les dépenses relatives à la protection de l’environnement sont plafonnés à 40% pour les grandes entreprises et les ETI, à 50% pour les moyennes entreprises et à 60% pour les petites entreprises, ndlr]. Or les projets d’économie d’eau sont rarement rentables à court terme. Nous estimons qu’il manque une 54e mesure au Plan eau : l’action de la France au niveau de l’Union européenne. Il y a une réelle nécessité de mobilisation sur l’encadrement des aides d’État, mais aussi sur d’autres enjeux, comme les assouplissements réglementaires nécessaires à propos de la réutilisation de l’eau.

Comment inciter l’industrie à investir pour plus de sobriété hydrique ?

Il faut changer la façon de comptabiliser l’eau. Nous avons incité nos adhérents à déterminer le volume utilisé par unité produite. Cet indicateur reflète les progrès réalisés au niveau des procédés, sans freiner l’augmentation de la production. L’industrie automobile, par exemple, est passée de 15 à 4 mètres cubes d’eau consommés par voiture produite. Pour aller plus loin, nous travaillons avec nos adhérents sur le prix d’achat de l’eau. Cette dynamique – insufflée par Arkema – consiste à ne pas se fonder uniquement sur le prix d’achat, mais à comptabiliser également l’impact économique du manque d’eau. C’est un levier fort pour investir dans la sobriété hydrique.

L’innovation a-t-elle un rôle à jouer ?

Oui, mais elle est, elle aussi, ralentie par les investissements nécessaires. Seuls les grands groupes ont les moyens de s’y consacrer. Or nous avons besoin d’innovation : pour aller plus loin dans la réutilisation des eaux usées, pour traiter la problématique des polluants comme les PFAS… Le soutien à la recherche en amont dans les domaines techniques et technologiques est insuffisant en France.

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