Genopole attire toujours plus de biotechs

Les biotechnologies innovantes du biocluster Genopole d’Évry se diffusent de plus en plus dans d’autres secteurs que la santé humaine.

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La nouvelle plate-forme de bioproduction en fermenteurs est ouverte depuis le début de l’année.
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Au sein du biocluster Genopole d’Évry-Corbeil (Essonne), Watchfrog cache un trésor dans de grands aquariums à l’abri du bruit et la lumière du jour. "Ne vous approchez pas trop, sinon cela perturbe nos reproducteurs, ils ne pondent que s’ils sont heureux", confie à voix basse Grégory Lemkine, le patron de la PME, en montrant au visiteur de paisibles grenouilles au fond de leur bassin.

Les œufs de batraciens représentent l’une des matières premières de ce laboratoire spécialiste des tests de détection des perturbateurs endocriniens. "Nous injectons un biomarqueur génétique dans l’œuf. Ce qui a pour effet de rendre fluorescentes les larves d’amphibiens au contact d’un perturbateur endocrinien. L’intensité de la fluorescence indique le niveau des facteurs de perturbation", précise Grégory Lemkine.

Vingt ans d'innovation 

À sa création en 2005 au Genopole, l’entreprise, qui propose ses services aux industriels, faisait figure de cavalier seul au sein de cet écosystème pionnier né autour du Généthon, le laboratoire de recherche de l’AFM-Téléthon, et de plusieurs grands centres de séquençage de l’ADN. Ce n’est plus vrai aujourd’hui. Certes, Genopole, qui vient de souffler ses vingt bougies, reste fortement orienté vers l’innovation en santé humaine. Mais le coût et le temps de l’exploration des génomes ont été considérablement réduits, favorisant la diffusion des biotechnologies dans d’autres secteurs : environnement, agroalimentaire, nutrition animale, santé végétale, énergie…

Un quart des quatre-vingt-dix entreprises du biocluster n’ont pas de lien avec la santé humaine. "Notre objectif est d’atteindre 40 %", précise Jean-Marc Grognet, le directeur général de Genopole.

Le mouvement est bien enclenché. En atteste les trois premières promotions du "Shaker", un dispositif visant à permettre à des étudiants de bénéficier d’un accès à un laboratoire pour réaliser leur preuve de concept. « Sur les quatorze projets retenus, cinq se situent dans le domaine de la santé et du bien-être, cinq dans celui de l’industrie, deux concernent des technologies environnementales et deux visent l’agro-industrie », détaille Alain Clergeot, le directeur de Genopole Entreprises, la structure chargée de l’accompagnement des start-up.

"Dans notre école, les laboratoires n’offraient pas assez de moyens pour pouvoir réaliser les expériences souhaitées pour obtenir notre preuve de concept", témoigne Quentin Bernard, le président de Structurys. Passée par le Shaker, cette start-up développe un traitement de surface fondé sur le biomimétisme pour empêcher la formation du biofilm – association de micro-organismes sur une surface, source éventuelle de contamination.

Une offre immobilière spécifique

Le dispositif Shaker a remplacé le concours Genopole Young biotech award destiné à stimuler la création de biotechnologies spécialisées dans les applications environnementales ou en bio-industrie. Son dernier lauréat est la société True Spirit, conceptrice d’un appareil portable permettant aux vignerons de suivre la qualité de leur vin lors des différentes étapes de vinification.

Afin de répondre à tous les besoins, Genopole a développé une offre immobilière spécifique, avec des locaux mêlant bureaux et laboratoires. Le cluster bénéficie aussi de la présence sur son territoire de la première pépinière de France entièrement dédiée aux biotechnologies. Il a, enfin, créé 27 plates-formes technologiques ou scientifiques mutualisées et ouvertes tant aux laboratoires publics qu’aux entreprises. "Ces plates-formes apportent la certitude de rester au niveau de l’état de l’art en matière d’équipement et évitent d’investir alors que les technologies sont versatiles. Tous les ans cela me fait économiser une centaine de milliers d’euros", reconnaît Marc Masson, le président d’Anova Plus, une agritech qui a mis au point un test ADN de diagnostic rapide de la flavescence dorée, une maladie grave de la vigne.

Toujours plus de partage et de mutualisation

Une nouvelle plate-forme a ouvert ses portes en janvier. Représentant un investissement de 326 000 euros, financé par Genopole, elle sera consacrée à la bioproduction en fermenteurs. Elle sera hébergée dans les locaux d’Abolis, une société dont le métier consiste à développer des procédés de fermentation permettant la production de molécules chimiques d’intérêt pour les industriels.

L’histoire de cette start-up est intimement liée à celle du cluster. Son fondateur, Cyrille Pauthenier, a suivi la formation du master de biologie de synthèse (un des domaines de la chimie verte) de l’université Évry-Val-d’Essonne à la création duquel Genopole a participé. D’autres entreprises genopolitaines pourront produire sur cette plate-forme telles Novolyze, spécialisée dans la formulation et la production de bactéries non-pathogènes utilisées pour sécuriser l’hygiène en agro-industrie, ou encore Glowee, qui a eu l’idée de modifier génétiquement des bactéries afin qu’elles soient bioluminescentes et fournissent une source lumineuse sans électricité.

"Les ressources humaines se partagent également assez facilement. Nos entreprises ont en commun une forte expertise scientifique et technique et le meilleur moyen de trouver un collaborateur, c’est d’aller voir si dans les entreprises autour il y a quelqu’un de disponible", note encore Grégory Lemkine. Les effectifs du pôle sont passés de 1 344 salariés en 2000 à 2 365 en 2017. Et la vitrine française des biotechnologies continue d’attirer, même des entreprises étrangères, comme l’illustre l’implantation fin 2017 du centre de formation européen d’Illumina, le leader mondial des machines de séquençage.

Deux fleurons de Genopole

Filiale de Bpifrance et de l’AFM-Téléthon, Yposkesi est un centre de production de médicaments de thérapie génique et cellulaire employant 160 salariés. « Nous produisons des lots de vecteurs de thérapie génique destinés à des essais cliniques en Europe et aux États-Unis pour traiter les maladies génétiques du muscle, mais aussi des maladies du foie, du sang, du système immunitaire », détaille Frédéric Revah, le président d’Yposkesi. L’entreprise préfigure ce que sera l’industrie du médicament de demain. Avec toutes ses difficultés scientifiques et industrielles. « Une molécule de thérapie génique est 10 000 fois plus complexe qu’une autre issue de la chimie. Les technologies mises en œuvre sont celles du vivant, mais poussées à leur limite », précise Frédéric Revah. De son côté, Global Bioenergies est le seul en Europe à développer un procédé de conversion des ressources renouvelables par fermentation. La société s’est focalisée sur la fabrication biologique d’isobutène, une des briques élémentaires de la pétrochimie, convertible en carburants, plastiques... L’entreprise d’une soixantaine de salariés vient d’obtenir des lettres d’intention de leaders industriels portant sur l’achat de 49 000 à 64 000 tonnes d’isobutène. Soit la totalité de la capacité de production de la future première usine, dont elle prépare la construction à l’horizon 2021 dans le cadre d’un partenariat avec le sucrier Cristal Union, à proximité de l’une de ses raffineries, en Champagne-Ardenne.

 

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