C'est donc grâce à Netflix que les charmes de Chartres (Eure-et-Loir) et de sa Cosmetic Valley ont les honneurs d'une comédie sociale très réussie. Le long-métrage se déroule dans le pôle de compétitivité rassemblant des entreprises de la parfumerie et de la cosmétique qui se sont installées dans cette région de France, longtemps davantage connue pour ces champs de blé et sa cathédrale chantée par Charles Péguy.
C'est un Chartres très contemporain qui est présent dans ce film de Jérémie Rozan. Son héros, Daniel Sauveur, vit dans un pavillon avec vue sur la cathédrale. Enfin presque : les De Breuil – les industriels tous puissants du coin – ont implanté devant leur grillage un panneau publicitaire géant, privant de l'horizon cette famille qui aurait pu être gilets jaunes. On commence par rire, avant de se dire que l'image cinématographique est bien trouvée pour dire une situation sociale.
Gilets jaunes
Mais Daniel est décidé à ne pas rester à sa place et trouve une combine pour «réussir» en subtilisant des parfums qu'il commence par revendre sur le marché du dimanche, avant que sa petite entreprise – qui, elle non plus, ne connaît pas la crise – ne se développe fortement. On est quelque part entre les meilleurs films de Pierre Jolivet (comme «Ma petite entreprise», justement), certains films d'action américain à la «Ocean 11» pour certaines scènes de braquage (toutes proportions gardées) avec un petit air du Pierre Salvadori des Apprentis avec l'inoubliable Guillaume Depardieu.
Loin d'être aussi manichéen qu'il pourrait le laisser croire (le syndicaliste n'est guère mieux traité que le patron), le film accumule les coups de théâtre, avec des manipulations en poupée russe, ce qui lui permet d'offrir à la fin une étonnante réconciliation entre le capital et le travail, dont on n'écrira rien de plus.
Renouvellement
Dans le film brille la sensation du moment : l'acteur Raphaël Quenard, qui des «Chiens de la casse» à «Yannick», le dernier film de Quentin Dupieux, incarne une fois encore un personnage issu des milieux populaires avec une qualité d'acteur impressionnante. D'autant que lorsqu'il n'est pas à l'écran, sa voix très reconnaissable et singulière raconte les tenants et les aboutissants d'une histoire fort divertissante. Autour de lui se trouve une distribution particulièrement bien choisie, avec beaucoup de têtes inconnues et le trop rare Grégoire Colin. En voyant cette comédie, une évidence apparaît : il y a toute une génération de jeunes acteurs français formidables qui ne demandent qu'à jouer.
On se réjouit aussi de voir un film français qui préfère pour décor un entrepôt à un appartement parisien et qui montre en toile de fond des personnages au travail. Très bon dans les dialogues et pour capter l'air du temps, on n'est pas prêt d'oublier la scène de drague où Daniel Sauveur essaie de faire croire à une jeune femme qu'il a fondé une start-up, révélant ainsi tout le creux d'un langage stéréotypé.
Rien d'étonnant si le film a été classé numéro 1 de Netflix à sa sortie début juillet. Les comédies de qualité ne sont pas légion. On attend maintenant avec impatience le prochain film de Jérémie Rozan, en espérant qu'il confirme toutes les qualités aperçues dans ce premier long métrage.
Cash, un film de Jérémie Rozan Uniquement sur la plateforme Netflix





