Comment l’expertise du CEA-List a-t-elle évolué sur les contrôles non destructifs ?
Le département instrumentation numérique du CEA-List est, de longue date, l’un des plus importants centres de recherche au niveau mondial en ce domaine. Il bénéficie de l’implication particulière du CEA, dès les années 1980, vis-à-vis de l’industrie nucléaire par la mise en place de ses inspections. Depuis, l’industrie aéronautique a particulièrement contribué dans la progression des méthodologies de contrôle. Ainsi, nos travaux ont toujours bénéficié d’un échange constant et fructueux avec l’industrie. Nous répondons à leurs besoins et nous en suscitons d’autres. Plus d’une centaine de projets collaboratifs sur les contrôles non destructifs (CND) sont actuellement menés par le département. Et nous inaugurerons, en 2023, deux nouvelles plateformes d’instrumentation : Prisma pour la fabrication additive et Spring pour la thermographie infrarouge (laser et induction) robotisée avec Safran.
Les CND sont-ils propices aux transferts de technologies ?
Tout à fait, sachant qu’il nous faut à peu près cinq ans pour élaborer des prototypes de niveau TRL 6 à partir d’une idée nouvelle. Nous pouvons ensuite nouer des partenariats avec des industriels intéressés pour mener les technologies à maturité. Nous contribuons également au lancement de start-up auxquelles nous confions la mise sur le marché de nos travaux. M2M a ainsi été créée par le CEA en 2003 pour le développement de systèmes d’acquisition ultrasons multi-éléments avant d’être rachetée par Eddyfi et la société Extende qui distribue, depuis 2010 à l’échelle mondiale, notre logiciel de simulation et d’analyse Civa.
En 2023, nous inaugurerons deux nouvelles plateformes d’instrumentation : Prisma pour la fabrication additive et Spring pour la thermographie infrarouge (laser et induction) robotisée avec Safran
Civa tire profit de votre connaissance des contrôles. Pourriez-vous nous présenter cet outil original de simulation ?
Notre département possédant un patrimoine de connaissance unique sur les CND, nous avons cherché un moyen de le valoriser dès 1995. Il a pris la forme d’une plateforme logicielle portant sur la simulation des inspections et l’analyse des données de CND. Civa est aujourd’hui utilisée par plus de 300 industriels et prestataires de contrôles non destructifs dans 40 pays. Il constitue une aide à la décision, sur le choix de la méthode et pour optimiser sa configuration. Ses différents modules correspondent aux techniques disponibles (ultrasons, courants de Foucault, radiographie, tomographie par rayons X, thermographie, ondes guidées, structural health monitoring). Leur développement requiert à chaque fois entre cinq et dix ans de travail, de l’élaboration des modèles physiques à leur intégration dans un code robuste. Nous continuons d’enrichir annuellement les nouvelles versions de Civa grâce aux résultats de nos travaux et des thèses en cours. Sur des techniques comme les ultrasons, l’outil est enrichi en continu depuis plus de vingt ans.
Quelles seront les fonctions du nouveau module d’analyse de données ?
Il y a vraiment une attente forte actuellement dans le domaine du CND pour que l’intelligence artificielle facilite le diagnostic. Grâce au nouveau module de Data Science (DS) que nous avons ajouté dans Civa début 2023, la simulation est mise au service de l’intelligence artificielle. Il permet de constituer des bases de données par import de données réelles et par ajout de données de défauts virtuelles issues de simulation. Ces apports peuvent entraîner, par apprentissage supervisé, un algorithme d’intelligence artificielle utilisé pour accompagner la décision de l’opérateur. Le module Civa DS soutient ainsi la conception, l’évaluation et l’optimisation des solutions d’IA pour le CND. Nous nous servirons également de cette fonction d’analyse pour automatiser le traitement des données sur nos plateformes d’instrumentation.





