L’industrie française peut et devrait faire sa vélorution. Mardi 8 février, le député Guillaume Gouffier-Cha (LREM) a remis au gouvernement un rapport sur la filière économique du vélo en France. En s’appuyant sur des travaux du Shift Project, l’élu estime que l’industrie du vélo pourrait générer 47 500 emplois directs en France en 2050 contre seulement 4000 en 2021. À condition toutefois de bâtir une stratégie ambitieuse sur les bicycles.
« En France aujourd’hui, nous savons construire un sous-marin nucléaire ou un Rafale, mais nous ne savons plus faire un dérailleur de vélo ou un cadre », regrette le député en introduction de son rapport. « L'économie du vélo est un exemple parmi d'autres des erreurs de notre politique de désindustrialisation ces cinquante dernières années et des perspectives nouvelles qui s'ouvrent à nous aujourd'hui. Sachons les saisir », invite-t-il.
Seulement 3 vélos sur 20 sont made in France
Sans surprise, le rapport fait l’état des lieux d’une filière fortement dépendante de l’Asie. En 2020, 2,685 millions de vélos ont été vendus en France, et 660 690 vélos produits ou assemblés dans le pays. « La France produit l’équivalent d’un quart des vélos vendus en France, mais compte tenu des exportations (40 % de la production) ce ne sont que 3 vélos sur 20 vélos vendus en France qui sont fabriqués en France », chiffre le rapport.
Même les vélos « assemblés en France » s’appuient en fait énormément sur des pièces importées d’Asie. Cadres, freins, pneumatiques, transmission… Le continent asiatique pèse plus de 90% dans l’origine de ces différents composants (voir graphique ci-dessous). Pour Guillaume Gouffier-Cha, cette dépendance oblige les fabricants français « à alterner entre des périodes de fortes productions et des périodes de chômage technique » en fonction des délais de livraison.
Union Sport et Cycle (Ce graphique représente l'origine des composants des vélos vendus en France. Crédit : USC)
La situation ne va pas en s’arrangeant. Entre 2019 et 2020, le déficit de la balance commerciale du secteur du vélo a gonflé de 9% à 264 millions d’euros, notamment à cause du boum des vélos à assistance électrique (VAE).
Une carte à jouer sur le haut de gamme
Il est bien loin le temps des années 1970 où l’industrie du cycle faisait la richesse du bassin stéphanois. « Nous ne recréerons pas ce qui existait autrefois », prévient Guillaume Gouffier-Cha. Pas fataliste, il cible des opportunités « sur les marchés technologiques du milieu de gamme ou du haut de gamme ».
Comme la voiture, le vélo a pris un virage électronique et technologique en embarquant des ordinateurs de bord ou des systèmes de transmission de vitesse par technologie Bluetooth. « Les systèmes électroniques de régulation du moteur et de la batterie sont également des composants sur lesquels la R&D peut apporter des ruptures technologiques importantes », estime Guillaume Gouffier-Cha. Parmi ses 63 recommandations, le député propose de créer un incubateur d’entreprises dédié au vélo et à ses innovations. L'Occitanie porte d'ailleurs un projet de ce type avec la « Vélo Vallée » dans le Gers.
Union Sport et Cycle (Les VAE représente une part significative des vélos produits ou assemblés en France. Crédit : USC)
La piste du haut de gamme est d’autant plus sérieuse que le prix moyen d’un vélo augmente fortement en France. Et pour cause, il n’est plus vendu comme un objet de loisir mais comme « la deuxième voiture » par des entreprises comme Moustache Bikes. « Le développement de la filière économique du cycle reposera en grande partie sur la hausse de la pratique quotidienne du vélo des Français, ce qui entraînera une montée en gamme des vélos achetés et utilisés », analyse Guillaume Gouffier-Cha.
Créer un label France vélo et un annuaire des acteurs
« Non, il n’est pas impossible de construire aujourd’hui des cadres de vélos en France », insiste Guillaume Gouffier-Cha qui multiplie les recommandations. Certaines paraissent ardues, comme la modernisation des usines françaises ou « convaincre certains industriels asiatiques d’ouvrir en France des usines de production des pièces de vélo qui sont incontournables ». D’autres sont plus simples comme la création d’un label France vélo ou d’un annuaire des acteurs industriels du vélo, « sur le modèle de celui qui existe à Taïwan ».
Union Sports et Cycles (Un panorama de la filière du vélo en France. Crédit : USC)
Alors que certains sous-traitants automobiles français jouent leur survie, le député invite à développer des ponts entre les filières industrielles. Une voie déjà explorée par certains groupes. Valeo compte produire un système d’assistance électrique pour vélo tandis que Bontaz veut se diversifier en fabriquant des systèmes moteur pour VAE.
Les défenseurs du vélo ne manquent pas d'arguments pour presser les entreprises et le gouvernement à travailler sur ces sujets. « Le vélo est bon pour l’environnement, pour la santé et pour les finances des particuliers et des entreprises », résume Guillaume Gouffier-Cha.





