Après l'expansion commerciale, la start-up Quandela se lance dans la course à la correction d'erreurs

Après avoir vendu plusieurs calculateurs quantiques, la start-up francilienne Quandela s’attaque à la correction d’erreur, défi majeur du secteur. Elle a présenté sa nouvelle feuille de route technologique, vendredi 11 octobre, dans son usine de Massy (Essonne).

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Quandela fabrication d'ordinateurs quantiques
Dans l'usine de Quandela à Massy (Essonne).

Quandela se lance dans l'ascension de l'Everest. Ou presque. Après avoir vendu plusieurs calculateurs quantiques, la start-up francilienne remonte ses manches pour s’attaquer au défi majeur du secteur : la correction d’erreur. Sa nouvelle feuille de route technologique, présentée vendredi 11 octobre dans son usine de Massy (Essonne), liste les jalons nécessaires pour y parvenir. Avec l’objectif, d’ici à 2028, d’avoir «des machines de suffisamment grande échelle pour atteindre une utilité quantique», précise Valérian Giesz, son directeur général et cofondateur.

Quitte à enfoncer une porte ouverte, le physicien rappelle : «Cela demande beaucoup de R&D. Il y a énormément de choses à faire, beaucoup d’ingénierie sur les systèmes électroniques et photoniques». Dans cette mission, la start-up va «continuer à travailler avec [ses] partenaires industriels», rappelle Valerian Giesz, tout en s’associant avec un allié de poids : le Centre de Nanosciences et de Nanotechnologies (C2N), prestigieux laboratoire du CNRS. Un laboratoire commun doit être inauguré en novembre 2024.

Cluster photonique

La signature de cette alliance est dans la lignée de l’héritage de Quandela : c’est au C2N que l’équipe de sa cofondatrice Pascale Senellart a développé le générateur de photons uniques à la base de l’ordinateur quantique de la start-up. Et c’est encore sur ses travaux qu’elle mise pour la suite. «Nous allons utiliser des clusters photoniques – un groupe de photons intriqués – pour démontrer de premiers qubits logiques à partir de 2025, pose Valerian Giesz. Ces états de clusters ne sont pas une chimère : ils ont été démontrés par le groupe de Pascale Senellart dans Nature Photonics.»

Un qubit logique ? C’est une unité de calcul immunisée contre les erreurs, composée de plusieurs qubits dits physiques – en l’occurrence, des photons. Brique indispensable pour espérer réaliser des calculs corrects et faire du calcul quantique une réalité. Les clusters photoniques sur lesquels compte s’appuyer Quandela pour y parvenir sont constitués d’un «groupe de photons intriqués les uns aux autres», explique Valérian Giesz.

«On pense souvent que les photons intriqués vont par paires, mais ils peuvent être 10, voire 100, intriqués en linéaire ou sur deux ou trois dimensions, développe-t-il. Nous parvenons aujourd’hui à émettre des photons les uns après les autres, qui sont tous intriqués et portent la même information.» Une prouesse qui s’appuie sur le cœur technologique de Quandela : sa source de photons.

Vers Une levée de fonds de 100 à 150 millions d'euros

«Personne n’a encore fait de qubit logique en Europe, la course est encore ouverte et nous sommes très motivés pour y parvenir en premier, prévient le DG de Quandela. C’est notre prochaine étape.» Pour cela, la deeptech a lancé une levée de fonds et espère récolter deux à trois fois plus qu’au tour précédent (50 millions d’euros en 2023).

Cette nouvelle priorité stratégique marque une évolution dans la stratégie de la jeune pousse. «Nous nous sommes d’abord focalisés sur la livraison de machines et les partenariats industriels», rappelle Valérian Giesz. Avec succès : Quandela a vendu sa machine à OVHcloud, puis à Exaion – mettant un premier pied en Amérique – et vient de signer avec EuroHPC pour installer une machine de 12 qubits aux côtés du supercalculateur Joliot-Curie du Grand équipement national de calcul intensif (Genci), dans le Très grand centre de calcul (TGCC) de Bruyères-le-Châtel (Essonne). Un deal à 8,5 millions d’euros remporté de haute lutte face à «une grosse concurrence européenne», félicite-t-il.

Une approche à rebours de la plupart de la concurrence qui «a tout arrêté pour se focaliser sur le développement de calculateurs quantiques tolérants aux erreurs», remarque Valérian Giesz. «Nous avons envie de continuer à développer notre communauté tout en avançant sur notre techno, ajoute-t-il.Nos premières générations ne sont pas parfaites, mais elles peuvent évoluer, et nous allons avancer ensemble vers des calculateurs de plus en plus performants, intégrant de la correction d’erreur, du logiciel de meilleure qualité…» De quoi fidéliser sa clientèle avant les autres.

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