Quandela entre dans l’âge industriel… même s’il s’agit de très petites séries. Ce mardi 20 juin 2023, la deeptech française, qui développe un calculateur quantique à base de qubits photoniques, a inauguré son usine à Massy (Essonne). Du monde s’est pressé à l’évènement, dont Jean-Noël Barrot, ministre délégué à la transition numérique et aux télécommunications, Alain Aspect, prix Nobel de physique 2022 et membre du conseil scientifique de Quandela, et bien sûr Pascale Senellart, la physicienne dont les travaux de recherche sont à l’origine de la deeptech.
Avec cette installation, Quandela se donne les moyens de tripler sa production : trois ordinateurs quantiques sortiront tous les six mois de la chaîne d’assemblage. Un peu à l’étroit dans ses anciens locaux à quelques centaines de mètres de là, la start-up ne pouvait en produire qu’un seul à la fois.
Plus d'espace pour paralléliser l'assemblage
Ce hangar réaménagé lui donne de l’oxygène avec une superficie de 2x700 m², surmontée de 500 m² de bureaux pour la partie administrative. Quandela loue par ailleurs une salle blanche de 500m² auprès de l’Institut photovoltaïque de d’Île-de-France pour y fabriquer ses semi-conducteurs.
« Nous avons plus d’espace pour assembler tous nos modules en parallèle », confirme Edouard Ivanov, l’un des ingénieurs en charge de l’intégration des ordinateurs quantiques, nommés Mosaiq. Les modules en question s’apparentent aux baies d’un serveur informatique au format rack standard de 19 pouces.
Frédéric Monflier Le carnet de commandes se remplit et l’agrandissement était nécessaire, ce qui vaut aussi pour l’effectif qui compte environ 80 personnes. Achetée en février 2023 par OVHcloud, la première machine fabriquée en ce lieu devrait être expédiée à Roubaix en octobre prochain. Ses deux qubits photoniques seront à usage cryptographique.
La première zone de l’usine est déjà opérationnelle et accueille des ingénieurs se livrant notamment à des opérations de contrôle. Dans une petite salle propre, deux d’entre eux ont pour mission de caractériser les circuits photoniques intégrés, qui opèrent les algorithmes quantiques sur les photons. Ceux-ci sont fabriqués au CEA-Leti ou encore chez Ligentec, une entreprise suisse spécialisée en photonique sur silicium qui a ouvert en 2022 un centre R&D à Corbeil-Essonnes.
Cette même salle donne à voir un module-cryostat, qui a pour rôle de refroidir à très basse température – 4 degrés au-dessus du zéro absolu - la source de photons uniques, clé de voûte de la technologie de Quandela.
Frédéric Monflier Des équipes dédiées à l’électronique et aux logiciels occupent la pièce adjacente. « Là, nous développons notre système d’exploitation, explique Niccolo Somaschi, directeur technique et cofondateur de Quandela. Il nous faut des circuits programmables (FPGA) et spécifiques (ASIC) avec des fonctions uniques pour traiter l’information le plus vite possible et sans perte. »
L’autre moitié du hangar, emplie de quelque 200 personnes lors de l’inauguration, recevra par la suite la zone d’assemblage des modules optiques, qui fixent les photons dans l’état quantique désiré. Au centre, jusqu’à quatre machines quantiques seront mises à disposition en ligne.
Une troisième partie sera réservée à l’assemblage des prototypes de nouvelle génération. « L’idée est d’éprouver nos protocoles et les connexions entre les modules avant le passage en production », ajoute Niccolo Somaschi.
Une subvention de 9,5 millions d'euros
Des machines à 12 qubits devraient arriver d’ici à la fin de l’année 2023, au lieu de 6 aujourd’hui. Une nouvelle phase, programmée en 2026, se concentrera sur la conception et la fabrication d’ordinateurs avec toujours plus de qubits et des algorithmes plus puissants, les calculs prenant en charge à la fois la superposition et l’intrication des états des photons. Une étude scientifique publiée en 2022, à laquelle ont contribué Pascale Senellart et Niccolo Somaschi, a montré une nouvelle méthode pour générer plus facilement ces photons intriqués.
Le déploiement de cette usine bénéficiera d’une aide publique de 9,5 millions d’euros. Un soutien qui a été officialisé ce même jour : Quandela est lauréat de l’appel à projet Première usine, dans le cadre du nouveau programme d’accompagnement French Tech 2030. Selon Niccolo Somaschi, la prochaine levée de fonds est en discussion et devrait être conclue à l’automne 2023.





