"Les avions deviennent beaucoup trop complexes à piloter. Il n'y a plus besoin de pilotes mais plutôt d'informaticiens du MIT (Massachusetts Institute of Technology)." Usant une fois de plus de son sens inné à simplifier jusqu’au grotesque une réalité complexe, le président des Etats-Unis Donald Trump n’a pas résisté à commenter sur Twitter le crash du Boeing 737MAX d’Ethiopian Airlines intervenu dimanche 10 mars. Une remarque qui vise le système de stabilisation de l'avion (MCAS) de l’appareil, pointé du doigt pour son implication probable dans le crash du 737 MAX de Lion Air. Installé sur le 737MAX pour compenser le poids de ses nouveaux moteurs, le MCAS peut de lui-même faire opérer un "piqué" à l’appareil s’il l’estime en décrochage.
Mais en cas de dysfonctionnement, une véritable lutte physique peut s’engager entre un pilote tirant de toutes ses forces sur le manche pour redresser l’avion et un appareil qui s’acharne à foncer vers le sol. Problème : Boeing n’a sans doute pas assez sensibilisé les pilotes au fonctionnement du MCAS. Ce dispositif, visiblement défaillant, s’inscrit néanmoins dans la lignée de la modernisation croissante des avions et des systèmes dits "intelligents" censés simplifier la vie des pilotes de plus en plus saturés d’informations dans leurs cockpits.
Une discipline méconnue: la neuro-ergonomie
Une assistance accrue qui a largement contribué à améliorer la sécurité du transport aérien. Le secteur est parvenu malgré l’explosion du trafic à diminuer de manière continue le nombre d’accidents mortels : le taux par million de vols est passé de 6,35 en 1970 à 0,39 en 2018, selon les données l’Aviation Safety Network. Prochaine étape pour les cockpits intelligents qui se couvrent d’écrans tactiles et conduisent à une autonomie croissante des aéronefs ? L’avion avec un seul pilote, promis pour le courant des années 2020. Vous voilà prévenus : le commandant de bord va devenir un "simple" superviseur.
Mais la sécurité sera maintenue à la condition de repenser les interactions hommes-machines. C’est l’objet d’une discipline méconnue : la neuro-ergonomie des cockpits, mêlant les domaines de l’aéronautique, du numérique, de la psychologie, de l’intelligence artificielle et des sciences cognitives. Une discipline qui est notamment en plein essor au sein de l’Ecole ISAE SupAéro de Toulouse et qui intéressent les industriels, en particulier un groupe comme Thales. La sortie de Donald Trump n’est pas si folle qu’il n’y paraît : malgré la débauche technologique, les industriels ne doivent pas perdre de vue l’importance de maintenir l’humain au cœur du système. Boeing l’apprend à ses dépens.





