Le problème de la pharmacie, ce n'est pas le coût du travail

Sanofi vient d'annoncer 900 suppressions d'emploi d'ici 2015. Ce plan de réduction des effectifs pourrait être le premier d'une longue série si la filière continue à vivre sur ses acquis.

Thibaut de Jaegher
Thibaut de Jaegher

Le problème de la pharmacie, ce n’est pas le coût du travail. Pour bien vivre et donc investir ce dont cette industrie a le plus besoin, c’est d’un accès facile au marché et d’un terreau fertile pour ses innovations. En France, on a longtemps disposé de ces deux atouts. Notre pays est même devenu l’une des références mondiales en matière de santé. Ses hôpitaux, ses centres de recherche publics ou privés, l’organisation même de son système, ses industriels (Aventis, Sanofi, Pierre Fabre…) Tout cela faisait la compétitivité de cette filière.

Mais depuis quelques années, cette union sacrée vacille. Pour réduire le déficit de notre assurance santé, nous avons commencé à la remettre en cause sans vraiment se l’avouer. Le premier coup de canif a été donné par les médicaments génériques, que nous avons voulus pousser au détriment des "princeps ".

Le second, c’est les conséquences du scandale Médiator. Le ministre de la Santé de l’époque avait alors assumé un positionnement politique clair : tirer à vue sur les industriels pour mieux masquer les défaillances de l’État dans son rôle de contrôle. Conséquence : le développement de nouveaux traitements est devenu beaucoup plus difficile et complexe que dans aucun autre pays européen. À tel point que des laboratoires comme Urgo arrivent à placer leurs innovations d’abord auprès d’autorités de santé étrangères…

Sans y prendre garde, incidemment, ce double mouvement a donc participé au décrochage de l’industrie pharmaceutique en France. Décrochage que symbolise aujourd’hui le plan social mené par Sanofi qui prévoit de supprimer 900 emplois d’ici 2015. "Mais ce n’est qu’un début, confiait récemment un des grands patrons du secteur. Si rien n’est fait nous nous préparons d’autres plans du même type. Nous vivons aujourd’hui sur nos acquis."

Pour être tout à fait honnête, la balle n’est pas seulement dans le camp de l’État. Même si celui-ci doit s’interroger sur sa stratégie en matière de santé (en pensant aux patients et aux salariés de la filière), les industriels français doivent aussi faire leur introspection. Ils produisent encore trop de médicaments à l’ancienne, sous forme sèche, ils fabriquent trop peu de génériques et sont absents –ou presque- de nouveaux marchés comme l’automédication ou les biotechs.

La filière se trouve à un moment charnière de son existence. L'Etat et l'industrie doivent s'interroger sur la place qu'ils souhaitent donner demain au secteur de la santé dans notre pays. Dans les rapports sur les filières d'avenir, il se retrouve toujours en bonne place. Il faudrait maintenant que des écrits, ce rôle stratégique soit transcrit concrètement dans les politiques publiques. Ce n'est qu'à ce prix que l'on assurera un avenir aux usines et centres R&D de la pharmacie française.

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